1972, alors que la Guerre du Vietnam n'est pas finie, Elia Kazan sort ce qui sera son avant dernier film, Les Visiteurs.
Son mea culpa sur sa dénonciation de ses pairs au moment du Maccarthysme et de la chasse aux Sorcières à Hollywood.
Un jeune appelé, vétéran du Vietnam, est retrouvé par 2 de ses anciens camarades de guerre chez lui, alors qu'il vit tranquillement reclus avec sa femme, son Beau-père et son bébé, aux confins de l’Amérique.
Si ses 2 comparses viennent en apparence le saluer, sous prétexte d'être démobilisés et dans le coin, ils cherchent en fait à se venger de la dénonciation de ce dernier après qu'ils aient tué et violé une Jeune Viet enlevée dans un village.
Si cette histoire rappellent aux adeptes des films de guerre sur le Vietnam quelque chose, c'est normal : c'est le pitch de Casualties Of War (Outrages, 1989) de De Palma; Sauf que l'action de ce film là se déroule après les faits, et à été tourné bien longtemps avant.
1er film sur les traumatismes des survivants du Vietnam, Kazan traite du sujet pour exorciser sa culpabilité de ce qu'il a fait 20 ans auparavant, on peut se demander si la comparaison de son action et celle de son personnage principal est aussi honorable. Je rappelle que Bill (campé par un tout jeune James Woods) a dénoncé ses camarades parce qu'il refusait de violer et d'assassiner une jeune fille de 15 ans.. Alors que Elia Kazan a donné ses compatriotes pour sauver sa peau et sa carrière.. Ce n'est pas tout à fait la même chose.. Mais le geste cinématographique est compréhensible et hautement réussit et quoi qu'il en soit il ne filme pas ses personnages en donnant quelque leçons de moral à quiconque et il établie un constat consternant de son pays qui continue à s'embourber dans une guerre que personne n'accepte et ne comprend.
Tourné avec peu de moyen, à la manière d'un documentaire un peu fauché, sans musique, sans effets, il y règne pourtant une tension qui monte jusqu'au dénouement final où la violence, inexorable, explose. Mais sans sensationnalisme et si Kazan filme son sujet dans le sillage des Chiens de Paille, tourné l'année précédente, il reste beaucoup plus sobre.
Les 2 agresseurs ne sont pas montré comme des brutes décérébrés contrairement à ceux de Peckinpah, mais vraiment comme des soldats meurtris par une guerre traumatisante, qui semblent hésitant tout au long du film (qui se déroule en temps reel) à ce qu'ils réservent au personnage de Woods.
Si la jeune femme est totalement à l'Ouest (au courant de rien de ce qu'il se passe la bas.. demandant si l'herbe est verte...) et sans doute représentative d'une génération post Vietnam, baba-cool et anti guerre, Le personnage qui fait basculer l'action est celui du beau père, vétéran lui aussi, mais de la "VRAIE guerre" (comme il le revendique), la Seconde. C'est l'element déclencheur de cette violence latente: lui le patriarche réactionnaire, portrait type de l’Amérique qui gagnait, celle des années 50, celle où on était fier d'avoir fait la guerre. Face à son fils dont il a honte, qui a dénoncé ses camarades, et les 2 soldats qui ont "accompli" leur devoir, qui pourraient être ses enfants spirituels, il n'hésite pas à exhiber son fusil de chasse et à tuer le chien de son voisin, à montrer son penchant pour le whisky, et sa passion du foot US. et surtout à "exciter" les 2 jeunes soldats et les inciter à se venger contre son propre fils.
Ce film dépeint de manière très âpre une Amérique fracturée, qui commence à se chercher une rédemption et qui se prépare à surmonter son traumatisme de cette guerre qui les hantera très longtemps..
Cette œuvre de Kazan montre une facette très différente et décidément très éclectique et qui se clôturera l'année suivante par un film à l'opposé totale de celui-ci: "Dernier Nabab".