Adapté des mémoires d’Eric Lomax, "Les Voies du destin" revient sur la condition des prisonniers de guerre britanniques obligés de participer à la construction de la ligne Siam-Birmanie, la fameuse voie ferrée de la mort, durant l’occupation japonaise en Asie lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est sur le tracé de cette voie que fut construit le sinistrement célèbre pont de la rivière Kwaï.
Eric Lomax est un survivant. Jeune officier écossais en charge des transmissions pendant la guerre, il est fait prisonnier avec les autres hommes de son unité lorsque les troupes britanniques basées à Singapour se rendent aux Japonais en 1942. Commence alors une véritable descente aux enfers.
Des années plus tard, Lomax est toujours hanté par les tortures qu’il a subies à Kanchanaburi. C’est alors que sa femme apprend que l’officier japonais responsable de son traumatisme est toujours en vie. Il est temps pour Lomax de faire à nouveau face à son bourreau.
Alternant scènes du passé et du présent, "Les Voies du destin" illustre magistralement les effets de la guerre sur les individus, longtemps après que celle-ci soit terminée. Au début du film, Lomax nous est d’abord présenté comme un homme d’âge mûr, un brin empoté, tombant amoureux d’une femme rencontrée dans le train (Nicole Kidman, superbe). On pourrait presque se croire dans une comédie sentimentale à l’anglaise, vite conclue par un mariage. Mais à peine la noce consommée, Lomax est rattrapé par les démons du passé. La souffrance enfouie, dont il refuse de parler, empoisonne sa vie et menace de détruire sa relation avec Patti. Il faudra toute la patience et la persévérance de cette dernière pour que le terrible passé se dévoile enfin et que Lomax parte affronter son bourreau, celui-ci ayant contre toute attente survécu à la guerre et travaillant désormais comme guide touristique sur les lieux mêmes où il a été responsable des atrocités commises.
Le film retarde ainsi le moment de la confrontation finale, moment douloureux où se révèle l’humanité du bourreau. Car "Les Voies du destin" n’est pas un film de vengeance mais un film sur le pardon et la réconciliation, seuls capables de mettre fin aux souffrances et de refermer les blessures pour aller enfin de l’avant. Dans cette optique, le personnage de Nagase n’est pas présenté comme un parfait salaud, y compris dans les scènes du passé où il apparaît comme un jeune officier lui-même à la merci de ses supérieurs. Lors des scènes de torture du jeune Lomax, le cadrage sur le visage de Nagase suggère que le jeune officier japonais est lui-même choqué par ce qui se déroule sous ses yeux. Toutefois, le film ne va pas jusqu’à exempter Nagase de toute responsabilité dans les atrocités commises à Kanchanaburi et les tortures subies par Lomax. Pour que le pardon soit possible, le bourreau doit reconnaître le mal qu’il a commis, endosser la part de responsabilité qui est la sienne, et faire preuve d’un remords authentique. Alors seulement, il peut redevenir humain aux yeux de son ancienne victime.
Pour sa valeur de témoignage autant que pour la performance des acteurs principaux, "Les Voies du destin" est un film à voir absolument.