Film vu dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives."
Film de la sélection "Instinct Gréguerre".
"Les yeux de Satan", le titre choisi pour l'exploitation en France, me laisse perplexe, car non seulement il ne traduit pas, même maladroitement le titre original mais en plus il trompe le spectateur, car à aucun moment il ne sera question d'une intervention diabolique. Le titre en anglais revêt lui un double sens. Les jeux d'enfants ou les enfants dont on se joue.
Au sein d'une institution privée d'éducation dirigée par des religieux, deux méthodes pédagogiques et deux personnalités professorales s'opposent. Le premier un professeur de latin en fin de carrière a bâti sa réputation sur l'intransigeance, la rigueur, un conservatisme tant dans sa façon de transmettre le savoir que dans ses relations avec ses élèves. Il n'est pas là pour que ces derniers l'apprécient, il est là pour les éduquer. Le second, lui au contraire, est adepte de méthodes plus souples, il encourage ses élèves à l'émancipation, il se met à leur hauteur, rechigne aux sanctions et aux notation sévères, son progressisme s'attache tant à son rôle de professeur qu'à ses échanges sociaux au sein du collège. Il n'est pas là pour être figure d'autorité, il est là pour instruire.
Ce conflit larvé entre ces deux hommes, va entrainer toute la petite communauté, dans un climat délétère. Lorsque les élèves eux mêmes s'adonnent à des comportements individuels ou collectifs qui mêlent à une certaine cruauté quelque chose d'une violence psychiatrique expiatoire, (exutoire ?), il devient primordial devant la répétition des "incidents" et des "tentatives de suicides" de trouver la cause de ce mal être ambiant. C'est alors que remontent des soupçons de comportements déviants qu'auraient eu sur de jeunes garçons, le professeur qu'on nous oblige depuis le début à considérer comme odieux, le professeur de latin.
Ce dernier se défendra bec et ongles, soulignant le harcèlement dont il est victime, y compris à son domicile, relevant l'étrange coïncidence de la révélation publique de son abonnement à une revue érotique, et désignant comme instigateur à ces accusations fallacieuse ce professeur si apprécié des élèves mais dont il exècre l'inconstance, qui s'il venait à abandonner son poste de professeur principal, se le verrait automatiquement attribué ainsi que les avantages qui y sont rattachés.
Mais cet homme froid, sévère, inamical, désagréable nous est forcément coupable, sa défense nous apparait comme désespérée et pathétique, il n'a que ce qu'il mérite et ses pleurnicheries accentuent cette culpabilité que rien ne saura mettre en doute. Les élèves traumatisés expriment bien quelque chose. Mais souvenez vous du double sens du titre mentionné en introduction. Des jeux d'enfants ou des enfants dont on s'est joué. Et si l'on s'était aussi joué de nous comme spectateurs ? Si l'évidence de notre conclusion n'avait pas obéie à une manipulation, une duperie ? Si notre perception influencée d'un homme présenté comme méchant parce que strict avait servie à nous leurrer ?
Film considéré, à tort selon moi, comme mineur dans la carrière de Sidney Lumet, que lui même commentera rarement, il s'inscrit pourtant dans ses œuvres traitant de l'erreur judiciaire et constitue au même titre que "12 hommes en colère" un vibrant plaidoyer. Je pense aussi qu'il peut se regarder comme un prologue à deux films qui vont sortir coup sur coup l'année suivante, "The Offence" avec lequel il partage cette narration qui nous trompe quant à la véritable identité du mal, qui nous était pourtant montrée de façon évidente par la mise en scène et le montage et "Serpico" avec qui il dialogue sur sa critique aigüe d'une institution repliée sur elle-même, inerte à réagir promptement à ses défaillances systémiques et au contraire faisant montre d'une grande célérité à broyer les individus.