Le cinéma de l'absurde, qui n'est pas, à de rares exceptions près, une spécialité française, demande une certaine rigueur pour ne pas partir dans tous les sens, sans rime ni raison. De cela, Sarah Arnold semble vraiment n'en avoir que faire, préférant le chaos et tant pis si son scénario parait le plus souvent un prétexte pour représenter la folie des hommes et leurs incohérences, à l'occasion. Bref, ce qui importe dans L'espèce explosive est moins de raconter une histoire qui a une queue et une tête que de s'attacher à des personnages aux failles béantes, dont l'étrangeté du comportement inquiète et divertit à la fois. Même remarque pour l'environnement rural, entre chasseurs, paysans et gendarmes confrontés à l'invasion de sangliers géants qui n'en font qu'à leur tête (de cochon). Le long métrage est inégal, mais rarement plat et ses embardées à tendance surréaliste sont un pur délice. Dans cet univers délirant, l'extraordinaire Alexis Manenti rafle une fois de plus la mise, dans un rôle complexe de gendarme dépressif, mais néanmoins têtu, et forme un détonant duo avec l'admirable Ella Rumpf (vous vous souvenez du Théorème de Marguerite ?), parfois en surjeu, mais cela fait partie intégrante de cet ensemble dopé à l'humour noir et parfois sacrément embarrassant, ce qui n'est pas en l'occurrence un problème, mais bien une qualité.