En 1961: Parisiens installés depuis trois semaines à Lorces, un coin paumé du Loir - et - Cher, Paul Guéret et sa femme vivotent. Lui est précepteur pour le cancre des Grosgeorges, les châtelains locaux mais en réalité, Paul est dévoré par une idée fixe: se faire aimer d'Angèle, une jeune blanchisseuse vivant chez sa tante, Mme Londe qui la prostitue avec les clients de son restaurant...
On ne sait que peu de choses sur Léonard Keigel, issu des "Cahiers du Cinéma", il adapte Julien Green dans un climat froid, humide, automnal ou tout semble mourir, où nul espoir n'est permis. C'est à l'initiative de Louis Jourdan, acteur et producteur, que "Leviathan" vit le jour. Hormis Jourdan et Georges Wilson, le casting est 100% féminin avec mesdames Laforêt, Palmer et Robinson.
À cette époque, Louis Jourdan, désireux de casser son image de "Latin Lover" Hollywoodien très stéréotypée, se passionna pour le roman de Julien Green au point de vouloir le produire pour le grand écran. Pour se fondre dans son personnage, le comédien s'isolera de ses partenaires durant les deux mois de tournage en perdant quelques kilos pour bien accentuer ce feu passionnel qui le consume de l'intérieur.
Le Leviathan est un démon dans les croyances juives et nous assistons à l'inexorable clochardisation d'un cas clinique rongé par une obsession. À mi-chemin d'une noirceur formelle à la Duvivier et d'une étude de moeurs provinciale toute Chabrolienne, oserais-je dire que ce "Leviathan" signé M. Keigel est un chef-d'oeuvre injustement oublié du cinéma français des années 60?