Il est parfois risqué de confronter ses souvenirs à la réalité d’un second visionnage. LFO, premier long-métrage du Suédois Antonio Tublén, m'avait laissé une bonne impression à l'époque, mais la redécouverte sur la plateforme Shadow s'avère cruelle. Si le concept de manipulation mentale par les fréquences sonores reste brillant sur le papier, le film subit l'épreuve du temps : une fois l'effet de surprise dissipé, les coutures deviennent trop visibles.
Une exécution qui peine à suivre l'idée
Le postulat de départ est d'une efficacité redoutable, mais l'interprétation s'avère très inégale. Si Patrik Karlson porte le film avec conviction, les personnages secondaires manquent de relief et nous sortent régulièrement de l'immersion. On sent ici les limites du "film-laboratoire" : une mise en scène statique et une direction d'acteurs qui ne parvient pas à compenser le manque de moyens. C’est un film qui vit mal la répétition ; la curiosité de la première fois laisse place, à la seconde, à une certaine lassitude face à un dispositif qui tourne en boucle.
Un réalisateur "perdu de vue"
Ce second visionnage explique sans doute pourquoi je n'ai pas suivi la carrière de Tublén par la suite. Entre son premier cri d'éclat en 2013 et ses projets suivants comme Robin (2017) ou Zoo (2018), il s'est écoulé plusieurs années — un laps de temps suffisant pour que le souvenir de LFO s'estompe au point de ne pas créer l'automatisme de guetter ses nouvelles œuvres. Pourtant, l'envie de lui donner une autre chance persiste : maintenant que j'ai remis un nom sur ces idées étranges, j'irai sans doute jeter un œil à sa comédie apocalyptique Zoo, pour voir si le réalisateur a fini par trouver l'équilibre entre ses concepts géniaux et une narration plus solide.
Le saviez-vous ?
Artisanal jusqu'au bout : Le film a été tourné presque exclusivement dans la propre maison du réalisateur. Antonio Tublén, étant lui-même musicien, a réellement conçu les sons et les fréquences que l'on entend dans le film pour qu'ils soient techniquement crédibles.
Un habitué du genre : Malgré une diffusion confidentielle, Tublén reste un passionné du "huis clos à concept". Son film suivant, Zoo, reprend d'ailleurs cette unité de lieu, mais cette fois en pleine invasion zombie.
P.S. : Le chaînon manquant. > Il est intéressent de noter que la carrière de Tublén ne débute pas avec le minimalisme de LFO, mais avec un film quasi introuvable aujourd'hui : Original (2009). Étrangement absent de bases de données comme SensCritique, ce premier essai (co-réalisé avec Alexander Brøndsted) était pourtant bien plus ambitieux et avait même été récompensé à l'international. L'histoire raconte qu'un casting bien plus prestigieux était prévu à l'origine avant que le projet ne doive se réinventer. Savoir que Tublén est passé d'une œuvre primée et plus vaste à un huis clos tourné dans sa propre cave souligne une trajectoire complexe, entre ambitions contrariées et débrouillardise pure. Un film "fantôme" qui mériterait sans doute qu'on s'y attarde, si tant est qu'on puisse mettre la main dessus.