Les années trente à Liverpool: dans un quartier catholique majoritairement irlandais, Liam, sept ans, est le petit dernier d’une famille ouvrière. Vif et curieux, il est pourtant handicapé par des graves problèmes d’élocution, incapable de prononcer un mot lorsqu’il est gagné par l’émotion. Son grand frère travaille déjà et contribue à l’entretien du ménage, tout comme sa soeur qui, à peine sortie de l’école, fait des ménages dans une riche famille juive. Malgré le manque d’argent, la famille vit heureuse jusqu’à ce que la crise frappe. Et lorsque le père, jusque là pacifique et volontiers rieur, perd son emploi, il sombre dans l’amertume et le ressentiment et se laisse subjuguer par les mouvements fascistes locaux…
Réalisé pour la BBC, ce film témoigne des capacités exceptionnelles de la télévision publique britannique en matière de films historiques: scénario, décors, comédiens sont à l’unisson de la mise en scène fluide et créative de Stephen Frears qui condense en moins d’une heure et demie une période noire de l’Angleterre. La charge contre l’Eglise catholique est particulièrement corrosive et le dénouement, choquant et inattendu, absolument bouleversant. Le sujet aurait mérité d’être développé plus amplement, un peu à la façon dont Bergman avait traité Fanny et Alexandre, autre grand film sur l’enfance auquel Liam fait souvent penser, avec un mélange similaire de burlesque et de tragique, le tout nimbé d’une grande mélancolie.