Indépendamment de ses qualités et de ses défauts, la seule existence de ce film est déjà un miracle en soi quand on connaît l’histoire de sa production mouvementée. Adapter Winsor McCay n’est déjà pas évident, et le faire à travers une coproduction américano-japonaise l’est encore moins. Little Nemo n’est resté pas moins d’une dizaine d’années à passer entre les mains de grands noms (ou futurs grands noms), pour ne citer que ceux de Ray Bradbury, Moebius et Chris Columbus côté scénario ; Yasuo Ōtsuka, Hayao Miyazaki, Isao Takahata (qui recycleront pas mal de leurs idées pour leurs propres productions Ghibli) côté japonais ; les vétérans de Disney Frank Thomas et Ollie Johnston, Brad Bird et Jerry Rees (les effets spéciaux de TRON !) pour le côté américain... Je vous inviterais à lire, ne serait-ce que la page Wikipédia anglaise, pour vous renseigner.
Visuellement, Little Nemo est somptueux et mêle parfaitement l’esthétique de l’animation américaine classique de Disney avec le savoir-faire japonais, le tout en restant (plus ou moins) fidèle à l’esthétique de McCay. L’animation est fluide, les décors fourmillent de détails et les effets de lumière sont de toute beauté.
Scénaristiquement, le résultat est beaucoup moins glorieux. Si l’ouverture sur le premier rêve de Nemo est une introduction efficace (et spectaculaire), le film peine pendant presque 40 minutes à construire une intrigue et enchaîne, à un rythme effréné, les situations ainsi que l’introduction de personnages et de lieux, sans aucun fil conducteur (si ce n’est vaguement le couronnement de Nemo). Certes, on pourrait rétorquer que c’est le cas dans l’œuvre d’origine, mais on ne peut pas étirer un enchaînement de strips autonomes sur 1 h 30 de film sans un minimum de construction scénaristique. Le deuxième problème, en lien avec le premier, est que les personnages n’ont aucun développement (voire sont carrément inutiles, comme cette espèce de mascotte écureuil qui n’existait pas dans la BD), quand ils ne sont pas purement et simplement mis de côté dans la dernière partie du film, qui fonce à toute allure.
Little Nemo est au final une magnifique vitrine de ce qui aurait pu être un film onirique et profond, au lieu de montagnes russes sans fin qui laissent un poids sur l’estomac.