Dans la famille des films Marvel, dont la profusion et le succès public ne cesseront jamais de me surprendre, Logan fait parti du haut du panier. Après l’infâme Deadpool, le kitch Dr Strange et le rigolo mais anecdotique Ant-man, on a enfin un métrage pas trop con avec une direction artistique qui tient la route.
La violence, frontale et explicite, n'est pas là pour faire jubiler le mec en manque d'hémoglobine, ni assouvir ses pulsions destructrices. Elle est traitée avec suffisamment de recul et d'intelligence pour être expliquée par rapport aux enjeux du récit tout en étant jugée avec la sévérité requise. C'est pas grand chose, ça devrait être même être la base, mais le traitement de la violence complètement détraquée de l'écrasante majorité des blockbusters actuels, et des films de super héros en particuliers, fait que, dans le cas de Logan, ce point fait franchement plaisir. C'est tout bête, un dialogue où Wolvie explique à Laura que tuer des gens c'est pas terrible, même quand il s'agit de "bad people", mais ça suffit à faire mon bonheur.
L'autre gros point fort, un vrai vent d'air frais qui tranche avec le reste de la production, est que le tout est filmé à hauteur d'homme et ce, dans des décors naturels et épurés. Une sauvagerie, une aridité du cadre en totale adéquation avec les traits du héros, qui s'éloigne du climax - ville qui pète où plus il y a d'immeubles qui s'écroulent, mieux c'est- dont l'espace filmique est saturé ces temps-ci. Cette modestie dans la destruction et les dommages collatéraux n'amenuise en rien l'intensité des scènes d'action, bien au contraire. Ca coupe, charcute, embroche, dans un geste viscéral qui n'a rien à envier aux effets de pyrotechnie les plus couteux .
Oui mais voilà : Logan est réalisé par James Mangold. Pas le pire des faiseurs, mais pas le plus enthousiasmant non plus. Un jour, peut être, quelqu'un étudiera en profondeur ce qui cloche dans sa façon d'installer un cadre, de jouer sur les attentes, de mettre en lumière les aspérités des personnages, d'amplifier l'intensité des conflits, sans que rien ne décolle vraiment; où tout se suit avec un intérêt poli, mais sans le moindre frisson. Un montage arythmique, un manque de souffle, une constante de son cinéma gangrénant jusqu'à ses projets les plus enthousiasmants et ludiques, du western urbain Copland au buddy movie Night and Day, en passant par son "les dix petit nègres" post-moderne Identity. Finalement, Walk the Line, avec son académisme propre au biopic, est peut être le film où ce coté pépère est le moins handicapant et, de facto, son plus réussi.
Ce problème de fluidité vient peut être du fait que chaque scène ou plan ne semble être là pour n'être au service que d'une seule idée, une unique grille de lecture trop évidente pour le spectateur. Prenons l'antagoniste principal : Il a un intérêt sur le plan symbolique - Wolvie affronte ses démons, sa propre bestialité - mais ce n'est pas un personnage qui fonctionne, ce Dark Maul-Bis reste au stade de symbole sans dépasser cette fonction, ce qui coupe net l'intensité de leur confrontation.
Reconnaissons néanmoins à Mangold d'avoir une vraie ambition, de bonnes influences - ici, le western crépusculaire à la Peckinphah et le jeu vidéo Last of Us-, et de posséder une mise en scène lisible à défaut d'être ample. Ce qui est déjà pas mal, mais on préférera ne pas penser à ce qu'un Matthew Vaughn aurait pu délivrer avec le même matériau de base.

Magmol
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le 4 mars 2017

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