Le meilleur film de David Lynch - à égalité avec à peu près tous les autres - reste le seul où l'on s'amusera à rechercher une interprétation littérale. L'exercice qui consiste à transposer la logique lynchienne dans notre monde terre à terre est bien évidemment motivant. Mais hormis la satisfaction d'avoir l'illusion de comprendre, s'adonner à la tentation de l'explication, c'est perdre le plaisir de ce voyage au pays de la folie et du cauchemar, où il vaut encore mieux se laisser guider le long du ruban de Möbius qui constitue sa trame.
Lost highway est sans doute le film le plus construit et abouti de son réalisateur. Le générique assoie direct et met dans l'ambiance : un rythme qui ne faiblit jamais et un intérêt poussé au max. Vu que théoriser sur l'histoire fait perdre la saveur de l'ovni, Lost highway fait inévitablement partie de ses films où l'on se trouve réduit à collectionner les anecdotes un peu inutiles et les concours de circonstances bizarres. Des intérieurs filmés au propre domicile de Lynch. Un Robert Blake qui incarne la folie dont ce sera le dernier rôle, et qui visiblement aura été suspecté d'avoir un peu trop pris à la lettre ce que son personnage fait dans le film. Un dernier rôle pour Jack Nance. Et côté musique - outre l'incontournable Angelo Badalamenti - un Marylin Manson dans un rôle de porno star flippant, des morceaux de Rammstein qui claquent bien comme il faut. Et un titre d'ouverture par Bowie qui - finalement - boucle l'histoire avant même qu'elle ne débute et donne d'entrée la clé du film. Dont on ne dira rien. Parce que l'essentiel n'est pas de comprendre mais de ressentir Lost highway.