Je découvre Yoshimitsu Morita, célébré au Japon mais peu connu hors de son pays en dépit d'une filmo relativement conséquente, via cette libre adaptation du best seller homonyme du multi-primé Junichi Watanabe, sorti peu avant. Histoire d'adultère entre un éditeur et une calligraphe, tous deux mariés depuis longtemps (le premier a même une fille déjà adulte) mais connaissant l'amour pour la toute première fois, "Lost Paradise" est aussi joliment impressionniste que sensuel, lorgnant sur Wong Kar-wai - en moins esthétisant - du côté d'une mise en scène qui commence par employer un montage évanescent aux strates de temps mêlées avant de dérouler une chronologie plus tangible et enfin des plans longs et méditatifs à mesure que le couple est rattrapé par la réalité puis que se profile l'inéluctable issue du roman conservée ici, des plans en caméra à l'épaule participant par moments à nous faire ressentir ce mélange de confusion morale et de présent vécu intensément qu'expérimentent les protagonistes en se laissant aller à l'appel à la fois charnel et spirituel de cette relation interdite. D'abord secrète, celle-ci finira par impacter leurs vies professionnelles et personnelles, une évolution d'une logique et d'un réalisme implacables qui là aussi vient contraster avec leurs rencontres presque hors du temps et de la société, accompagnées avec douceur par le superbe score au romantisme capiteux et désespéré de Michiru Ōshima, et avec le symbolisme des éléments et des saisons (des chutes d'eau évoquant le flot bouillonnant du désir aux paysages enneigés presque oniriques des derniers plans).
Idéal de normalité déréglée par les affres de la passion, Koji Yakusho est comme toujours parfait, et Hitomi Kuroki, revue quelques années plus tard en mère résiliente dans l'immense "Dark Water" de Nakata, assez bouleversante, en particulier dans ses rapports avec un mari qui découvre la tromperie et lui refuse le divorce. S'éloignant du roman en s'attachant davantage aux rapports amicaux et familiaux des deux amants (avec notamment la touchante storyline d'un collègue de travail de Kuki/Yakusho, placardisé puis frappé d'un cancer fulgurant, qui prononcera en présence de son ami la phrase que j'ai choisie pour titre, renvoyant à la frustration de certains personnages secondaires qui ont pour point commun de n'avoir jamais vécu pour autre chose que leur travail et leurs responsabilités), le film y gagne énormément d'authenticité, sans rien perdre de cette profonde mélancolie qui fait tout son prix.
Un cinéaste à explorer...