Au travers de ce film portugais, dont la trame se situe sur une petite île des Açores, on suit le parcours initiatique d'une jeune fille, interprétée par une non-professionnelle Ana Cabral, qui tient le rôle d'une adolescente plongée dans une communauté queer, engluée dans un décor chargé de rites religieux ancestraux aux limites terrestres et sociales définies. Cette fiction, à moins qu'il ne s'agisse d'une réalité, nous décrit avec une certaine lenteur le désarroi d'une communauté jeune qui se heurte aux lourdeurs du passé, mais qui tente de s'affranchir malgré les aléas et la violence des ancêtres. Ah... cette scène du rasage qui fait penser à la tonte des femmes à la fin de la seconde guerre mondiale.
La réalisatrice Cláudia Varejão nous berce avec une certaine tendresse en risquant de nous perdre avec le côté sombre d'une partie de la population séduite par les trafics mais sans nous révéler leurs objectifs.
Elle utilise des cadrages très serrés sur les visages, sur les personnages, sans nous perdre dans des plans larges. Sauf quand il s'agit d'insister sur le bonheur simple d'être libre comme lorsque Luis (formidable Ruben Pimenta) patine sur le terrain de sport, tandis que Ana l'observe derrière le grillage.
La bande son est lumineuse et colle bien au récit. On retrouvera une chanson de Klaus Nomi, aujourd'hui disparu.
Un film intéressant sur le conflit des générations, sur la recherche de certains jeunes pour découvrir leur véritable identité sexuelle ou autre, sur les difficultés de vivre pleinement dans les sociétés d'aujourd'hui.
Un film à voir, certainement.