Premier plan du film, Maja est filmée au travers d’une vitre, son reflet dédoublé laisse présager un personnage déphasé. Médicament, alcool, shopping, discussions maladroites entre collègues et travail inintéressant rythment les journées de Maja. Cette inertie du personnage finit par contaminer le récit, provoquant par moments une forme d’ennui. Le film reprend des éléments de drame classique, mais avec la beauté froide du cinéma scandinave. Traversé par une douce mélancolie, il se distingue par une esthétique singulière, à la croisée du drame réaliste et de l’onirisme. Des nappes de musique atonale enveloppent les scènes, le grain de la pellicule et les lumières diffuses instaurent une atmosphère feutrée. Le montage, calme et fluidifié par les sons qui chevauchent les scènes, s’autorise des digressions non linéaires, participant à la sensation de dérive.
Le film capte une jeunesse qui peine à se projeter. À l’approche de la trentaine, les envies s’érodent, remplacées par une routine faite de travail, de consommation et d’échappatoires. Le film a la délicatesse de ne pas faire de la musique un anesthésique pour le personnage, et il ne s’enfonce pas non plus dans l’explication freudienne du malaise de l’artiste. Le casting de Girl in Red semble donc assez judicieux, que ce soit par ce qu’elle incarne dans sa musique, que par son rôle dans le film.
Maja travaillant dans un lycée accentue ce décalage. Elle est entre deux mondes : les lycéens, encore pleins d’élan, et sa mère, installée dans une vie stable. Elle ne se reconnaît vraiment ni dans l’un ni dans l’autre, coincée entre un âge qu’elle quitte et un autre qui approche. Ses 29 ans, rappelés dans le pitch et dans le film, soulignent cet entre-deux dans lequel elle se trouve, entre l’effervescence juvénile qu’elle vient de quitter et l’âge adulte auquel elle n’adhère pas encore. Un signe assez parlant de cette zone grise, Maja travaille, mais vit encore chez sa mère et prend sa carte de crédit pour s’acheter des vêtements.
La fin, avec l’idée d’une reconversion professionnelle de Maja, apporte une note plus légère. Rien n’est vraiment réglé, mais il y a un mouvement, une possibilité de changer quelque chose, mais on plonge alors dans le « film doudou qui fait du bien ».