Mélodrame très pudique, et en ce sens tout à fait attendu de la part de Kaneto Shindō qui a toujours su tricoter des histoires profondément dramatiques sans sombrer dans les excès larmoyants propres au genre. Cinéaste de l'excès, pourtant, il l'a été, ou plutôt il le sera d'un point de vue chronologique, puisque "Onibaba" sort l'année suivante en 1964. Ici on est dans la pudeur du drame familial un peu à l'image de "Story of a Beloved Wife", sans la répétitivité éprouvante (mais tout autant enivrante) de "L'Île nue".
Et il en faut du tact pour ne pas rendre l'histoire de cette femme divorcée, remariée sous la contrainte pour trouver l'argent suffisant à payer une opération pour son jeune fils atteint d'une tumeur au cerveau, et qui verra la mort partout autour d'elle — son père, son frère, son fils, ça tombe comme des mouches. C'est très probablement à mettre au crédit de la direction d'actrices comme Nobuko Otowa et Haruko Sugimura, toutes deux vraiment parfaites dans leurs rôles. Très drôle d'ailleurs de voir ici en 1963 Otowa en tant que fille maltraitée alors qu'elle sera la mère complètement folle dans "Onibaba" l'année après.
Il faut manifestement lire "Ma Mère" à l'aune de sa toile de fond, à savoir la ville d'Hiroshima, dont le bombardement plane sur le film comme une ombre persistante tourmentant continuellement tous les personnages. Exploration des dilemmes et des souffrances d'une femme, détachée de toute allégorie frontale, s'attachant à montrer une blessure diffuse sous toutes ses coutures. Le thème de la sexualité est abordé de manière originale, comme souvent chez Shindō, composant à ce titre un portrait de femme complexe et attachant — le final ne vient que compléter ce sentiment — qui garde le pathos excessif à bonne distance.