Inadapté à la vie frénétique de New York où il se fait littéralement piétiner par la foule, un vagabond solitaire nommé « Friendless » prend un train de marchandises vers l'Ouest. Il échoue dans un ranch de l'Arizona où ses talents de cow-boy s'avèrent catastrophiques. Sa vie change lorsqu'il croise la route de Brown Eyes, une jeune vache boiteuse délaissée par le troupeau. Entre l'homme rejeté et l'animal marginalisé naît une amitié fusionnelle. Mais lorsque le bétail est envoyé par train vers les abattoirs de Los Angeles, Friendless va tout risquer pour sauver sa seule amie, quitte à semer une pagaille monumentale en pleine ville.
Souvent coincé dans l'ombre de chefs-d’œuvre plus spectaculaires comme Le Mécano de la Générale ou La Croisière du Navigator, Go West est pourtant l’un des longs-métrages les plus touchants et poétiques de Buster Keaton. En choisissant une génisse comme partenaire de jeu, Keaton prend le contre-pied des romances traditionnelles et pousse l'art de la mélancolie burlesque à son sommet.
Le film brille par sa déconstruction hilarante du mythe du cow-boy viril (son holster est trop grand, son pistolet minuscule, et monter à cheval relève de l'impossible). Si la première partie au ranch joue la carte d'une tendresse presque beckettienne, le dernier acte à Los Angeles retrouve la virtuosité géométrique propre à l'acteur-réalisateur, culminant dans une mémorable cavalcade urbaine où Keaton, déguisé en diable rouge, guide un troupeau affolé. Une œuvre tendre, drôle et singulièrement moderne.
Le tournage dans le désert de Mojave a été une véritable épreuve physique pour toute l'équipe. Sous des températures frôlant régulièrement les 50°C, la chaleur était telle que la pellicule risquait de fondre et de se détériorer directement dans les caméras. Pour sauver les prises de vue, l'équipe technique devait conserver les bobines et le matériel dans de grands bacs remplis de blocs de glace importés en urgence.