Xavier Dolan est un enfant capricieux qui, trop content de jouer à la poupée avec ses actrices préférées, les fait tourner dans une réécriture hollywoodienne de sa propre vie.
Aux oubliettes la vraie histoire, le petit Xavier, les lettres mortes aux idoles d'enfance, la relation douloureuse avec la mère, le rapport compliqué à la presse etc. Bonjour la fiction et le petit Rupert, correspondant intime d'une star de télé, renouant avec sa mère (dans un ralenti pluvieux et mélo), et qui - une fois adulte - ferme le caquet d'une reporter prétentieuse qui succombe par la suite à son charme.
Cette réinvention de Xavier par lui-même et pour lui-même pourrait être intéressante si elle n'était pas si premier degré, incohérente, engluée dans une mièvrerie hollywoodienne qui nous éjecte du récit. Rien n'est réaliste dans cet égotrip qui semble n'avoir de sens que pour le réalisateur, qui se joue de ce miroir qu'il se tend à lui-même pour mieux se (ré)conforter dans une posture narcissique (contrairement aux autres enfants, il possède une destinée déclare une professeure à propos de Rupert, alter-ego de Dolan)
Cette redite biographique s'accompagne d'une redite cinématographique avec des emprunts ça et là à ses précédents films (Les amours imaginaires pour la danse au ralenti sous les stroboscopes, Juste la fin du monde pour la mère too much, les crises familiales, Mommy pour la scène de réconciliation via une chanson populaire) mais réinterprété façon Hollywood. Comme s'il désirait faire rejouer ses scènes "en mieux", c'est-à-dire par le gratin du cinéma américain.
Celui qui proclamait que Titanic était son film préféré, vient de faire naufrage. Et ce n'était pas très beau à voir.