Burlesque et vulgarité à volonté. Balasko n’est jamais meilleure que dans la peau d’une damnée de la terre, seule, moche et non-désirée, mieux, humiliée et vaguement exploitée par les rares membres de son entourage (ici, son psy, son voisin, sa mère) ; c’est avec ce costume disgracieux et purulent qu’elle trouve par surprise un ange gardien vicieux dans Arlette ou Ma vie est un enfer, voir Nuit d’ivresse où elle est également exaucée pour le pire.


Avec ce troisième film qu’elle réalise elle-même, juste avant le sacre de Gazon maudit, Balasko partage l’affiche aux côtés d’un Daniel Auteuil survolté ; il apparaît en démon venu profiter de sa fragilité, dont elle va tomber amoureuse malgré ses manipulations, allant jusqu’à tenter de le racheter lorsque la hiérarchie céleste s’acharne sur lui. En renversant ainsi la table, le film se permet d’explorer toutes les pistes de son improbable scénario, plutôt que de se restreindre à une simple accumulation de sortilèges autour du personnage de Léa.


Particulièrement outrancier, Ma vie est un enfer se profile en farce brutale (avec d’impressionnants accès de mauvais goût), plus anglo-saxonne que franchouillarde (bien que le Benguigui accroc au porno soit là pour le rappeler). Les pouvoirs surnaturels et la nature de Abar autorisent plusieurs numéros grand-guignols (le tour de magie perturbé, le chaos dans le restaurant de luxe), tandis que l’enfer et ses avatars sont traduits sous un angle folkorique. Balasko imagine les corporations autour de lui avec les bars des émissaires du diable ou le centre de traitement des messages terrestres.


Réellement trash (l’arme de la vengeance), y compris au plan graphique où il se comporte comme un nanar cronenbergien (scène de transformation de la mère en dame de l’aspirateur de Eraserhead), Ma vie est un enfer aurait pu devenir un fleuron de la comédie fantastique excentrique et populaire à la française ; il se contente d'être un des seuls essais potaches et grand-public dans le genre. Reste une rinçade grasse et colorée.

Créée

le 20 mai 2015

Critique lue 1K fois

Zogarok

Écrit par

Critique lue 1K fois

7

D'autres avis sur Ma vie est un enfer

Ma vie est un enfer

Ma vie est un enfer

3

ylath59

1377 critiques

Ton film aussi Josiane, ton film aussi...

Ce film me fascine... À chaque visionnage, j'ai l'impression qu'ils ont essayé de combiner tous les défauts des acteurs présents à l'écran et de les porter à leur paroxysme. Sorti en 1991, Ma vie...

le 13 juin 2021

Ma vie est un enfer

Ma vie est un enfer

5

Truman-

1095 critiques

Critique de Ma vie est un enfer par Truman-

Une de ces nombreuses comédies Françaises des années 90 qui a sombré dans un oublie des plus total , et c'est un peu normal car Ma vie est un enfer est une comédie assez fade a l'humour inégal mais...

le 16 juil. 2013

Ma vie est un enfer

Ma vie est un enfer

2

rivax

999 critiques

Critique de Ma vie est un enfer par rivax

A classer dans la catégorie humour vulgaire, ne serait-ce que pour la scène où Dan Auteuil fait littéralement chier une porte.... La classe internationale.

le 23 févr. 2012

Du même critique

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs II

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs II

9

Zogarok

1640 critiques

Apocalypse Now

La suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l'ambiance entre Muriel Robin et le reste de l'équipe est très mauvaise...

le 29 juin 2014

Kirikou et la Sorcière

Kirikou et la Sorcière

10

Zogarok

1640 critiques

Le pacificateur

C’est la métamorphose d’un nain intrépide, héros à contre-courant demandant au méchant de l’histoire pourquoi il s’obstine à camper cette position. Né par sa propre volonté et détenant déjà l’usage...

le 11 févr. 2015

Le Conformiste

Le Conformiste

10

Zogarok

1640 critiques

Le fantôme idéaliste

Deux ans avant le scandale du Dernier Tango à Paris, Bertolucci présente son premier film majeur. Inspiré d’un roman de Moravia (auteur italien le plus fameux de son temps), Le Conformiste se...

le 4 déc. 2014