C’est au cœur de la réalité sociale des plus démunis qu’Isabel Coixet pose sa caméra et nous donne à voir, avec Ma Vie Sans Moi, une des chroniques les plus cruelles et injustes que le cinéma a produites. Sans revendiquer l’héritage d’un Ken Loach qui donne à son œuvre un côté quasi documentaire, elle n’en dépeint pas moins un univers très peu romancé ou alors quand elle le fait, c’est en gardant le conte de fées à bonne distance.

Ma Vie Sans Moi c’est celle d’Anne, mère d’une famille pauvre et femme amoureuse de son « surfeur » de mari. Tous les quatre logent dans un mobil-home sur le terrain de la mère d’Anne et tâchent de vivre chaque jour comme les rois et reines d’un fastueux palais. La détermination dont font preuve les deux parents à faire, malgré tout, de leur vie un bonheur qui se résumerait en « moins de biens, plus de lien » a quelque chose de stupéfiant tant on se sent personnellement incapable d’une telle force de caractère. On sent que la famille constitue pour eux un rempart indestructible face aux obstacles et aux épreuves qu’ils endurent. Jusqu’au jour où surgit l’épreuve ultime, celle de la mort imminente d’Anne qui sera, dans quelques semaines, fauchée en pleine jeunesse.

Son choix sera celui de ne révéler son état à personne d’autre qu’à elle-même, refusant tout traitement médical. Elle rédigera alors la liste de toutes ces choses, futiles, inavouables ou primordiales qu’elle doit vivre ou accomplir avant sa mort. Le résultat en est une scène particulièrement émouvante durant laquelle elle écrit, entre autres, qu’elle doit trouver une nouvelle femme pour son mari et une nouvelle mère pour ses enfants. À partir de cet instant, Isabel Coixet montre beaucoup d’habileté et de maturité car, si le sujet risquait de sombrer dans le pathos le plus gluant, elle réussi a garder une certaine distance avec son sujet qui lui permet d’éviter une surenchère suicidaire.

Elle est en cela formidablement aidée par un choix et une direction d’acteurs sobres qui ont bien compris qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter dans l’émotion, le scénario suffisait largement. Sarah Polley est merveilleuse et merci encore à Isabel Coixet de ne pas nous imposer une nouvelle fois une actrice de grande beauté qu’on maquille en moche pour dire : « Regardez ! Admirez ! Quelle performance, elle sait être chose que sa beauté !». Sarah Polley met en avant son charme fait de sensibilité et d’émotions à fleur de peau, elle incarne à merveille cette mère qui mélange l’abnégation, la soif de vivre et une sorte de stoïcisme face à une fin qui s’approche. Mark Ruffalo confirme quant à lui un talent grandissant en amant meurtri et qui accepte avec un amour résigné de ne rien savoir de la vie d’Anne qui a jeté bien malgré elle son dévolu sur lui. Il est particulièrement touchant, d’une douce sensibilité d’un homme qui sent que le bonheur était à porter de main et qu’on le lui vole alors qu’il vient juste de le découvrir.

Le seul bémol qui dérange, c’est la perfection de cette maman qui, tout en étant dans une presque misère, est une maman aimante, une femme amoureuse, une travailleuse acharnée bref, une femme parfaite en tout point. On aurait aimé une femme avec quelques failles, que cela nous demande un petit effort de nous dire que décidément, ce qui lui arrive est injuste. On aurait aussi aimé qu’elle se rebelle, qu’elle puisse avoir des moments d’abattement mais non, elle fait face quoi qu’il arrive, presque une sainte.Cette histoire était suffisamment forte pour qu’on aime ce personnage, même s’il avait été imparfait. Imparfait comme ce film, qui arrive tout de même à mélanger en nous la tristesse, la colère et un intense sentiment de rébellion face à une chienne de Mort qui, décidemment, choisi toujours bien mal celles et ceux qu’elle vient faucher.
Jambalaya
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le 22 avr. 2013

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Jambalaya

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