"Il y a des films qui peuvent se résumer et il y a des films qui se ressentent. Le premier Mad Max se ressent. George Miller nous immerge dans un univers de chaos, de tôles froissés et de vitesse. La scène d'ouverture est devenue culte : un chauffard et sa copine roulent comme des fous dans les routes désertes de la campagne australienne. En version originale, ce couple se surnomme les "cavaliers de la nuit", tandis que dans la version française, ils se font appeler les "aigles de la route". Le conducteur dingue conduit pieds nus et vocifère contre la police, qui essaie de les intercepter sans succès.
"Les voitures se froissent dans des accidents spectaculaires, et la poursuite ressemble à un ballet de danse. Un motard blond se joint à la fête, lui aussi policier. Au loin, Max écoute la poursuite, met ses gants de cuir, ajuste son blouson. Quand un fracas de voiture se fait retentir, on voit dans son entièreté Max/Mel Gibson. En quelques plans, George Miller vient de nous présenter son héros. La présentation de ce mythe ressemble beaucoup à la présentation de Johnny Ringo/John Wayne dans La Chevauchée fantastique. Les deux long-métrages ont permis aux deux acteurs de devenir des stars.
"La poursuite automobile continue, et Max entre dans la danse. Quand le fou du volant voit notre héros, il sait que c'est foutu. Sa fin est proche, il pleure. Un accident va avoir lieu. Max a gagné. L'introduction de ce long-métrage est un chef-d'œuvre, comme tout le long du film. Une perfection de rythme, de son et de mise en scène. Quand on voit un film comme ça dans son enfance, c'est un choc esthétique et cinéphilique dont on ne se remet jamais. Je ne m'en suis jamais remis. J'ai vu le premier Mad Max une trentaine de fois, et je ne suis toujours pas blasé. Au contraire, je me demande toujours comment un film aussi exceptionnel peut exister."