Madadayo (1993) - まあだだよ / 134min.Réalisateur : Akira Kurosawa
Acteurs principaux : Tatsuo Matsumura - 松村 達雄 ; Kyōko Kagawa - 香川京子 ; Hisashi Igawa - 井川 比佐志 ; Masayuki Yui - 油井 昌由樹.
Mots-clefs : Japon – Retraite – Sexisme ordinaire
Le pitch :Les élèves d'un vieux professeur organisent chaque année un repas en son honneur ; celui-ci donne lieu à un rituel immuable : mimant les enfants qui jouent à cache-cache, les élèves demandent « maadakai », (« êtes-vous prêt ? »), sous-entendu « à nous quitter », et le professeur répond « madadayo » (« pas encore ») ; cette cérémonie traverse les années, la guerre.
Premières impressions :
Drôle de film. J'ai vu une bonne moitié des œuvres de Kurosawa mais celui-ci est drôlement à part. Pendant plus de deux heures s'écoulent devant nos yeux la vie paisible et ennuyeuse d'un vieillard, ancien professeur, dont le seul plaisir est rythmé par la visite de ses anciens élèves. Le film s'ouvre sur une salle de classe et sur les blagues du senseï, ravis semble-t-il de pouvoir se laisser vivre de la rente gagnée par ses livres. Le premier anniversaire est l'occasion pour ses étudiants, tous des hommes, de lui organiser une petite sauterie et de créer une amicale des fayots. Alors on picole, on fait des discours interminables, aussi interminables qu'une récitation des gares croisées sur un omnibus. On chante aussi. Des chansons à boire agrémentées de chorégraphies rigolotes. Et c'est long. Et ça dure... Les bouteilles se descendent au rythme des chansons sympathiques mais dont le spectateur a vite compris le principe.
Dans Madadayo on s'ennuie aussi. On s'ennuie même beaucoup. Les japonais rigolent fort sur des jeux de mots probablement intraduisibles. Le vieux monsieur perd sa maison durant la guerre, ses étudiants le soutienne. Le vieux monsieur pleure sur la perte de son chat parti se régaler ailleurs, ses étudiants le soutienne et cherchent le chat pendant une bonne demi-heure. Hop, il est l'heure de sonner l'anniversaire. Boisson, chanson, danse, chenille qui redémarre. Cérémonie qui se répète inlassablement comme la vie d'un petit vieux qui regarde passer le temps sans activité... D'ailleurs quelle activité pourrait-il avoir ? Bobonne... pardon, sa femme, s'occupe de tout. Une silhouette à ses côtés, assise en silence, servant à boire aux invités, regardant ses pieds. Les hôtes ne lui répondent pas quand elle ose ouvrir la bouche et on se demande pourquoi Kurosawa la laisse dans le cadre. Elle fait la lessive, sourit gentiment, salue les invités comme une noix de saint jacques aimable. Elle n'a pas de nom, mais elle est là, présence rassurante au milieu de ces dizaines d'hommes, réalisateur compris, qui ne traitent que d'un monde d'homme dont elle est exclue. Pour l'ultime cérémonie anniversaire de la retraite, elle aura malgré tout droit de cité et même, amusante fantaisie, le droit d'avoir une coupe de jus d'orange tandis que ces messieurs soignent leurs foies au saké et à la bière.
Qu'en retenir ? L'ennuie de la retraite, l'inexistence des femmes du monde des hommes japonais, l'excellence des acteurs, la sincérité d'un vieux maître de cinéma qui signe son dernier film et qui ne cesse de dire à tous ses élèves et techniciens : merci d'avoir été là toutes ces années à mes cotés.