Connaissez-vous la différence qu'il y a entre un intellectuel hétéro et un intellectuel homo ? l'intellectuel hétéro, il vit avec Larousse et l'intellectuel homo, il vit avec le petit Robert..
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Je vous parle d'un temps où l'ORTF, ancêtre de la radiotélédiffusion publique produisait de bons téléfilms, du cirque, du théâtre et du music-hall, et où la sorcière publicité n'était pas la reine des choix de programmes ! Claude Santelli (1923-2001) était de ces réalisateurs-scénaristes qui entrait sur la deuxième chaîne comme certains acteurs américains pointaient tous les matins à la MGM...
"Madame Baptiste" est le huitième des trente-quatre téléfilms réalisés pour le petit écran. L'homme avait ressenti la valeur pédagogique (enfin, à l'époque !) de la télévision et nombre de ses réalisations sont inspirées (comme ici en 1882 retouchée par Proust ) par Maupassant qu'il semblait admirer particulièrement... Santelli aimait que l'image suive la vie des personnages mais contrairement à ce qui est dit dans le préambule de LCP concernant ce film, ce n'est pas Santelli qui a lancé Isabelle Huppert, mais Jean L'Hôte en 1971 dans son téléfilm : Élisabeth... Rendons à César (...)
Santelli ne faisait pas un métier, mais de l'art : il est décédé des suites d'un accident à 78 ans alors qu'il mettait en scène "La flûte enchantée" au cirque Gruss... C'était un réalisateur qui se contentait de budgets non dispendieux et qui savait choisir ses acteurs...
J'ai revu cette résurrection de "Madame Baptiste" sur LCP qui, étrennant sa nouvelle huitième répartition parmi les chaînes de la TNT semble avoir créé la catégorie "Rembob' INA" qui laisse espérer sinon présager de bonnes pellicules en dormance ? Bravo pour l'initiative !
Voici donc l'histoire de Blanche, une gamine de quatorze ans vivant dans une famille de gens aisés avec domestiques comme on en voyait ces années 1800... Et elle s'ouvre à la vie dans le sillage de
Baptiste, garçon de ferme, qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre...
Blanche commence à découvrir sa sexualité naissante et teste son pouvoir d'appât auprès de lui mais le jeu finit par devenir action et elle aurait été violée... L'horreur pour la famille qui séquestre la jeune ex-pucelle... Jusqu'au jour où Blanche surnommée péjorativement "Madame Baptiste"
tente de se suicider en s'enfonçant dans cette mer des côtes normandes... Un jeune sous-préfet l'en dissuade et finit par tomber amoureux de cette jeune beauté rousse, jusqu'à en demander sa main aux parents, malgré les antécédents sulfureux de la belle !
Je m'arrêterai ici dans le récit...
Maupassant n'aimait pas inventer ses histoires et les tirait de faits réels, ce qui donnait à ses textes beaucoup d'authenticité comme ici dans ce drame... Bien sûr, il semble aujourd'hui anachronique que l'amour physique entre deux individus de classe sociale distincte soit amorale dans notre époque de liberté sexuelle endiablée... L'histoire est réellement prenante malgré quelques invraisemblances comme cette dépouille qu'on s'apprête à enterrer et qui se retrouve bizarrement dans un cercueil au plan suivant...
Isabelle Huppert fait une composition ahurissante de vérité de Blanche : elle a une moue dubitative, de nombreux silences plus convaincants que des tonnes de baratin ! Elle exploite à fond une sobriété de jeu qu'elle gardera toute sa carrière... Peu connu, l'acteur belge Roger Van Hool campe un soupirant fort crédible mais dans tout ce casting peu connu, aucun comédien ne démérite...
Seul couac, justement la musique qui est loin de nous ensorceler en trimballant piano, violoncelle, et musique de la fanfare de Doudeville dont le chef s'apprête à être décoré, seulement, voilà...
Bien sûr, cette dramatique sent la naphtaline, mais le récit sordide est si poétiquement narré....
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LCP le 06.07.2025