Le cinéma de Kinuyo Tanaka est un cinéma de la lenteur et de la pudeur. Il n'en reste pas moins qu’il est un cinéma résolument engagé en faveur de la liberté et l’émancipation des femmes dans le Japon de l’après guerre. Les 6 films réalisés par KT sont tous porteurs de messages et de convictions fortes en ce sens, sans pour autant être outrageusement revendicatifs. C’est la sa qualité. Elle est pleine de subtilité mais elle enfonce le clou malgré tout.
Ici dans le long métrage Mademoiselle Ogin, on suit la vie de Gin la fille d'un célèbre maître de la cérémonie du thé réputé (Ryuku) qui tombe amoureuse d'un samouraï chrétien (Ukon) mais qui est mariée à un riche marchand puis ensuite convoité par le seigneur de la province. L’action se situe dans le Japon féodal du XVI ème siècle (selon notre échelle d’européens)
Il s’agit du dernier des films de K. Tanaka. Elle confie le rôle principal de Gin à l’actrice Ineko Arima qui sait restituer à merveille tous les codes de retenue, d’honneur, de dévotion et de respect, sans renier ni son amour ni ses convictions profondes.
Je dois dire que j'ai mis un long moment a vraiment "rentrer" dans le long métrage. Le scénario n'est pas excessivement original mais il est traité avec un très grand soin. L'intensité dramatique des dernières 20 min est incroyablement puissante. La bande son est d'un soin inégalé et accompagne pleinement le propos. A elle seule elle vaut le détour.
J'ai globalement moins aimé « Mademoiselle Ogin » que d’autres des 8 films réalisés par K. Tanaka (La nuit des Femmes, Maternité éternelle) mais je dois avouer que la relative simplicité du scénario est largement compensée par le soin apporté, la qualité du montage et la beauté des scènes.
Enfin, le film peut également être pris comme un témoignage historique sacrément intéressant. La mise en scène de la cérémonie du thé, abondamment citée et filmée dans bon nombre de films japonais, est ici capturée par la caméra avec un soin et une attention rare.
Pour toutes ces raisons, ce film est clairement et définitivement à cocher pour tous les amateurs de cinéma japonais non guerrier.