Dans Madrid, 1987, David Trueba orchestre un huis clos austère mais ambitieux, où l'espace réduit – une salle de bain étouffante – devient le théâtre d’une confrontation intellectuelle entre un journaliste vieillissant et une étudiante en journalisme. Le film repose presque entièrement sur le dialogue, érigeant la parole comme unique moteur narratif.
Ce choix radical donne lieu à une réflexion serrée sur le pouvoir, le désir, la transmission et la création. La dialectique qui s’installe entre les deux personnages, brillamment interprétés par José Sacristán et María Valverde, se veut plus révélatrice que la nudité physique qu’ils partagent : ici, ce sont les idéologies, les illusions et les ego qui se déshabillent.
L’approche minimaliste, couplée à une écriture dense et littéraire, peut toutefois alourdir le rythme. Certains passages paraissent trop théâtraux ou surécrits, au détriment de l’émotion spontanée. Le film parle plus qu’il ne ressent, ce qui peut limiter son impact, malgré la pertinence de ses thématiques.
Trueba signe un objet cinématographique exigeant, à mi-chemin entre essai filmé et duel philosophique. Un film qui interroge plus qu’il ne captive, mais dont la rigueur conceptuelle et la précision du regard méritent l’attention.
Note : 7.5/10 – une œuvre cérébrale, maîtrisée mais distante.