Avec Magic Magic, Sebastián Silva nous plonge dans un univers trouble où la frontière entre réalité et perception s’efface peu à peu. Loin des codes classiques du thriller psychologique, le film joue la carte du malaise diffus, au risque de perdre le spectateur dans sa propre ambiguïté.
L’isolement d’Alicia, jeune Américaine en déroute mentale, est mis en scène avec un soin presque clinique. Juno Temple incarne brillamment cette dérive intérieure, et l’ambiance, portée par une photographie froide et un son quasi organique, provoque un véritable inconfort. Le film devient une sorte de voyage sensoriel dans l’anxiété pure.
Mais cette approche immersive a ses limites. À force de suggérer sans jamais clarifier, le récit se dilue, et l’absence de réelle progression dramatique laisse une impression d’inachevé. Les personnages secondaires, volontairement opaques, n’aident pas à recentrer l’histoire. Le film semble parfois trop préoccupé par son atmosphère pour vraiment raconter quelque chose.
En somme, Magic Magic dérange, intrigue, mais ne transcende pas. C’est une œuvre qui mise tout sur le ressenti, et qui, si elle trouble efficacement, laisse peu de traces durables. Un film intéressant, mais dont le potentiel semble partiellement inexploité.