Comme pendant toute sa vie on lui avait dit qu'elle semblait débarquer de la lune, elle eut l'impression d'avoir finalement rencontré quelqu'un du même pays.
--Extrait du roman Mal di pietre de Milena Agus--
En 2016, Nicole Garcia présente, en compétition officielle du festival de Cannes, l'adaptation cinématographique du roman italien Mal di pietre de Milena Agus. Dans ce film, il est question d’une femme, Gabrielle, qui s’exprime et se déploie au gré de ses émotions et de ses désirs.
Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve de passion absolue fait scandale. Elle ne demande qu’une chose : la Chose Principale, celle d’une rencontre avec un homme qui lui permettra de vivre cette aventure charnelle et sacrée qu’elle attend tant.
Mais dans le milieu cloisonné dans lequel elle vit, son ardeur farouche dérange. Gabrielle est folle, et il faut au plus vite la ranger quelque part. Pour éviter l’internement dans un asile, Gabrielle se marie avec un homme qu’elle n’aime pas.
Souffrante d’un mal faisant crier son corps, elle se fait emmener dans les Alpes pour réaliser une cure thermale. Elle découvre alors qu’elle est atteinte du « mal de pierres ». C’est à cet endroit, qu’elle qualifie de triste à son arrivée, et où la météo ne fait que changer, qu’elle fait une rencontre bouleversante : celle d’un lieutenant blessé durant la guerre d’Indochine, André Sauvage. On assiste alors à la résurrection de Gabrielle, qui va tenter, tant bien que mal, de se raccrocher à cet homme qui l’anime et l’entraîne. Elle ne le sait pas, mais cette idylle naissante pourrait bien devenir le pire de ses rêves.
Incarnée par Marion Cotillard, le personnage de Gabrielle est véritablement envoutant, tant dans sa complexité que sa modernité. Cette femme, bien que prisonnière du foyer familial au début du film, se débat et s’entête pour contourner les soumissions de la société normative dans laquelle elle évolue. Elle est aussi moderne malgré elle, dans sa manière de s’exprimer : c’est son corps qui parle. Au début du film, elle pousse brutalement un homme ayant détruit ses rêves. Dès qu’elle se sent perdue, elle se lance dans des courses effrénées au milieu de la forêt, telle une sauvageonne. Mais avant tout, elle souffre du mal de pierre. C’est dans ces crises que son corps semble prendre le relais, comme en réponse à son désespoir.
Dans ce film, le corps féminin tient le premier rôle : il s'exprime et se meut.
On notera enfin la mise en valeur de la barcarolle de Juin durant l'ensemble de l'œuvre, un morceau de Tchaikovsy, plongeant le spectateur dans un état proche de celui de la protagoniste : une mélancolie singulière, lyrique et mystérieuse.