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le 26 nov. 2016
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On avait grandement peur en rentrant dans la salle, redoutant le mélo familial larmoyant et le chantage à l'émotion. Les premières secondes nous ont immédiatement conquises grâce à une excellente...
On avait grandement peur en rentrant dans la salle, redoutant le mélo familial larmoyant et le chantage à l'émotion. Les premières secondes nous ont immédiatement conquises grâce à une excellente musique entraînante et chaleureuse qui donne le ton : traiter de la misère avec une approche positive.
Le scénario et le style de Nakagawa sont exemplaires à ce niveau. Sans rien cacher des nombreuses difficultés économiques du pays durant l'après-guerre, le film contourne tous les poncifs du misérabilisme, du tire-larme facile, choisissant au contraire une légèreté et des scènes très courtes pour éviter de s'apitoyer sur le sort des personnages. Ils sont pourtant à plaindre : ils vivent dans un modeste taudis, le père (couvreur) se fait détourner son salaire par des syndics et des architectures véreux, ils doivent se contenter de vieux vêtements totalement usés. Leurs voisins ne sont pas mieux lotis entre une voisine à l'agonie, un réparateur de parapluies déambulant sans clients et un couple de fabriquant de serpillères ne parvenant pas à écouler leurs stocks. Certaines scènes pourraient être dans le pire pathos comme le sort que subit les voisins de droite mais en condensant leur situations par des simples parenthèses d'un seul plan assez bref, Nakagawa vise terriblement juste avec une fabuleuses économie de moyen tout en tact et retenue, mais sans perdre en impact et en force. Difficile de ne pas avoir le cœur déchiré devant un veuf et un fils devant abandonner leurs maison, espérant un jour pouvoir offrir un sépulture décente à sa femme et qu'on voit s'éloigner sur un immense pont dont on perçoit à peine l'extrémité.
Le sort de la famille au cœur du récit pourrait connaître une issue tout autant écrasante mais la mère de famille tente de garder le morale et de transmettre son optimiste à l'ensemble à son mari et ses enfants, surtout sa fille, âgée d'une dizaine d'année, sur qui elle doit beaucoup se reposer, l'envoyant par exemple demander un peu d'argent à des amis. Il faut à ce titre saluer un fabuleux casting qui sont tous formidable, évitant le manichéisme et la psychologie réduite. La petite fille est un personnage très complexe et fouillé et sa jeune interprète est admirable (c'est elle qui joue dans Barberousse).
Délaissant sa caméra mobile, Nakagawa s'adapte à son sujet pour ne garder que des plans fixes parfois très longs (certains sont des vrais plan-séquence) avec un travail sur la circulation des informations, la complicité entre les comédiens, l'évolution psychologique... qui rappelle le meilleur de Tai Kato d'autant que les scènes sont toujours naturelles et évidentes dans leur déroulement. En même temps la maîtrise de l'espace est sensationnel pour un scope jamais intimidant, n'oubliant jamais le facteur humain pour une caméra toujours à la bonne distance des individus qu'elle filme. La photographie est tout autant stylisée sans jamais sombrer dans la démonstration tape à l'œil. Pourtant elle est par moment audacieuse, n'éclairant que des visages et jouant sur une texture des contrastes de toute beauté.
J'ai vraiment été plus que conquis par l'acuité de la mise en scène, la tendresse envers ses personnages, la maîtrise de son tempo, son mélange tragi-comique jamais appuyé, l'immense justesse de petits moments qui viennent ponctuer certaines séquences pour en délivrer sa quintessence humaine : les deux déménagements nocturnes se croisant (avec ce court regard échangé par les 2 filles), le bailleur de l'appartement qui assiste bouleversé sans intervenir à la fuite de ses locataires, la présence de la petite fille dans l'avant-plan alors que ses parents se battent, les dialogues en anglais d'un fiancée qui exprime tout son mépris face à la pauvreté, les larmes gênés de la fillette devant mentir à des amis de ses parents pour obtenir un peu d'argent... sans oublier les nombreuses reprises de la marseillaise ! En effet l'institutrice chante (en français) l'hymne français pour se redonner du courage, habitude que reprendra la petite fille.
Fabuleux coup de cœur donc pour Nakagawa que je n'attendais pas si brillant dans ce registre.
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Créée
le 26 nov. 2016
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