Mandy, ou l'opéra de la vengeance

Avec Mandy, Panos Cosmatos signait une œuvre hors norme qui favorise la matière, la chair, le sang, plutôt que les CGI froids et désormais courants qui semblent insaisissables. Une réussite majeure qui prolonge le cinéma d’horreur des années 80, marqué par la vengeance, la haine, la violence viscérale, le tout dans un cadre figuratif, occulte et percutant.

Amour absolu, relation fusionnelle, perte, héros brisé, folie, descente aux enfers, cauchemar, vengeance explosive, Mandy contient certaines caractéristiques fortes du revenge movie tout en s’imposant avec son style hallucinatoire, son univers psychédélique et son grand impact plastique. Quête obsessionnelle et autodestructrice dans un superbe écrin artisanal : c’est la façon dont le personnage de Nicolas Cage essaye de faire face à sa tragédie qui constitue l’élan vital du film.

Héros, muse et prophète : des personnages aux portes du chaos

Nicolas Cage (Red Miller), la plupart du temps mutique, s’impose avec l'un des rôles les plus impressionnants de toute sa carrière. Un panel d’émotions extrêmes le traverse et apporte ce qu’il faut d’intensité aux différentes scènes clefs et déterminantes du récit. Sans surjeu, particulièrement généreux, sans véritable excès, plus intense que cabotin, il peut passer d’un homme tranquille, aimant, à un protagoniste obsédé par la vengeance. Son style instinctif, profond, intime, primal, viscéral, brut, met le spectateur dans un état de stupéfaction, à un rythme impressionnant à la seconde. Il faut le voir boire de l’alcool à moitié déshabillé dans sa salle de bain et hurlant, pour se rendre compte du profond trauma qu’il a subi. Ce passage montre une grande détresse, que la bouteille aide à extérioriser. Mais si Red est peu à peu détruit par la violence, il finit par revêtir une dimension mythique, hache forgée à la main, le corps marqué de blessures et le visage maquillé de sang.

Andrea Riseborough (Mandy Bloom), quant à elle, profite d’un jeu plus subtil. Son rôle sert de catalyseur à l’arc de Red. Bien qu’elle n’apparaisse pas tout au long du film, une présence quasi spectrale domine l’écran, même lors de ses absences. Douce, précieuse, évanescente, envoûtante, diaphane, sa disparition motive toutes les actions de Red, et donne de la profondeur à sa relation avec lui, renforçant le poids du drame et de la tragédie. Par cette aura, cette prestance éthérée, Riseborough apporte une base émotionnelle plus stable à une œuvre chaotique et stylisée.

"Moi, je t’ai reconnu. Donc avec un peu de temps, tu me reconnaîtras également."

Linus Roache, enfin, incarne un antagoniste mégalomaniaque, pathétique, grotesque, fanatisé, croyant en sa prophétie et à son culte sectaire. Il souhaite faire de Mandy sa muse. C’est par le pouvoir de la violence et des mots qu’il tente désespérément d’avoir le dessus sur les personnes qui l’entourent. Sa jalousie et sa rage enfouie masquent une blessure narcissique responsable du destin chaotique de Red. Une antithèse du héros particulièrement atypique, qui est mue par une théâtralité maladroite. Ses postures, ses rituels, ses lamentations engendrent une mise en scène misérable du mal.

(...)

Pour lire la suite : https://www.lemagducine.fr/carte-blanche/mandy-panos-cosmatos-critique-film-2018-10081037/

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PS : merci à Jéjé pour la deuxième citation !

OkaLiptus
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le 26 janv. 2026

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Oka

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