Revoilà David Gordon Green et sa filmographie en forme d’hommage à une journée de printemps sur la Côte d’Opale. Imprévisible. Quand la journée de printemps sur la Côte d’Opale semble incapable de se décider entre le ciel bleu ensoleillé et le ciel gris pluvieux, David semble lui incapable de se décider entre le film indé sympa un peu fauché et la comédie sympa un peu lourdingue. Cette fois-ci, se sera le film indé sympa un peu fauché. Avec le grand Al dans le rôle principal.
L’histoire d’un vieil homme grognon qui lâche des gros gnons quand il s’énerve, qui raconte les histoires minables interminables de sa jeunesse passée et qui vit seul avec sa chatte, Fany, hanté par le souvenir de la femme qu’il a toujours aimé, Clara. Un vieil homme toujours en colère joué par un Al Pacino qui vous rappellera ce vieux chien aux poils trop longs de vos grands-parents, que vous avez connu depuis qu’il était un petit chiot insolant. Ce vieux chien aux poils trop longs qui ne peut plus se promener plus de 5 minutes sans s’allonger les 5 suivantes, qui bave partout sur son menton et partout où il le pose, qui sent un peu mauvais et qui laisse planer son odeur pendant quelques instants à chaque fois qu’il quitte une pièce. Ce vieux chien aux poils trop longs un peu gênant que vous aimez quand même toujours autant car vous vous rappelez tout les bons moments passez avec et que vous revoyez la bête majestueuse qu’il était autrefois à chaque fois que vous le voyez.
Un Pacino, donc, dans le rôle d’un vieil homme toujours en colère, serrurier, divorcé et père esseulé, qui vit dans un monde qu’il ne comprend plus et dans les regrets de ses erreurs passées. Un Pacino qui en fait des tonnes quand il nourrit son chat en lui racontant les détails de sa journée, un Pacino qui en fait des tonnes quand il caresse le chien de son amie guichetière à la banque où il dépose son argent, un Pacino qui en fait des tonnes quand il raconte ses longues histoires en gesticulant dans tous les sens, un Pacino qui en fait des tonnes dirigé par un Gordon Green qui en fait des tonnes quand il le filme marcher au ralenti devant des voitures accidentées sous une couche de pastèques écrasées, un Gordon Green qui en fait des tonnes quand il enchaîne les surimpressions d'images saturées de lumière à chaque fois qu'il se passe un semblant de quelque chose, un Gordon Green qui en fait des tonnes en plaçant des voix off supposément profondes mais profondément ennuyeuses toutes les 5 minutes. Ça fait beaucoup pour un drame qui repose entièrement sur un Pacino qui aurait pu être touchant mais qui ne l'est que trop rarement, faute à toutes ces lourdeurs.
Cette fois-ci, pour David Gordon Green c'est donc le film indé sympa un peu fauché, plus si fauché mais pas si sympa, avec le grand Al, qui nous rappelle au bon souvenir du grand Al.