Je n'ai jamais lu l'œuvre de l'abbé Prevost mais avait été fasciné par l'opéra qu'en avait fait Puccini en 1892. Ce compositeur avait la spécialité de transformer les pires mélos en œuvres flamboyantes. Restait à savoir si ce qui avait été possible à l'Opéra le serait au cinéma ! Et en fait la réponse est oui, parce que c'est Clouzot qui est aux commandes, qu'il dirige tellement bien ces acteurs qu'il parvient à rendre Cécile Aubry crédible et à nous retranscrire cette histoire d'amour fou (car c'est bien de cela qu'il s'agit) de façon magistrale. Et que dire de cette réalisation ans cesse inspirée. On se souviendra longtemps de ces résistants de la dernière heure (fallait oser en 1949 !) de l'assassinat de Reggiani au son du chant du départ, de cette ahurissante scène du train, du massacre gratuit des juifs dans le désert et de cette fin sublime. Il manque sans doute juste un tout petit quelque chose pour que le film rivalise avec les œuvres majeures du maître, mais on n'en est vraiment pas loin !