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le 17 août 2012
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Je n'ai pas lu le roman de L'Abbé Prévost donc je ne serais dire si le film de Clouzot suit fidèlement la trame du roman, mais moi qui avait peur d'un film mal vieilli j'ai été surpris par son ton...
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Dans Le Corbeau, Clouzot observait une petite communauté française minée par le soupçon, la délation et la cruauté. Dans Manon, il montre une communauté qui juge et condamne. Manon apparaît ainsi comme une sorte de suite du Corbeau où la violence exercée à travers la dénonciation devient physique.
Le roman conte l’histoire d’un jeune homme qui se laisse entraîner par son amour pour une femme dont il connaît pourtant les faiblesses et les compromissions. Manon aime le plaisir, l'argent et le confort et Des Grieux renonce progressivement à ses principes pour rester auprès d'elle.
Clouzot conserve cette structure dans la France de 1944. Le tripot devient le marché noir, les protecteurs de Manon deviennent les hommes qui disposent de l'argent, et Des Grieux devient un jeune homme engagé dans la Résistance. L’histoire de Manon devient ainsi une histoire de la France sortie de l'Occupation.
Dans Le Corbeau, la société française est représentée comme une communauté qui cherche désespérément à identifier le mal qui la ronge. Les lettres anonymes accusent, dévoilent, humilient et détruisent les réputations. Dans Le Corbeau, la société est empoisonnée par les mots. Dans Manon, elle est empoisonnée par les actes. La violence collective rejoint la violence individuelle.
Le film Manon s'ouvre en effet sur une scène qui paraît prolonger le Corbeau. Manon est arrêtée dans une petite ville normande et une foule se prépare à la tondre parce qu'elle a fréquenté des soldats allemands. La communauté n'a plus besoin d'un mystérieux correspondant pour désigner son coupable. Manon n’est cependant pas présentée comme une collaboratrice politique, elle est juste une fille du peuple qui s'est accommodée des circonstances.
Robert Desgrieux, résistant, est chargé de garder Manon, mais au lieu de livrer Manon à la foule, il la protège et s'enfuit avec elle. Il refuse ainsi de participer au jugement collectif.
C'est ainsi à partir de cette désobéissance que commence sa propre chute.
Ils partent à Paris et rejoignent le frère de Manon, Léon, qui vit du marché noir. Le monde dans lequel ils entrent est celui d'une France où la guerre a bouleversé les règles ordinaires de l'économie et des rapports sociaux. Manon veut de beaux vêtements, du confort, de l'argent, elle accepte donc les relations qui peuvent les lui procurer. Robert, qui voulait simplement vivre avec Manon, ne peut pas rester extérieur à ce monde. Lorsqu'il découvre cependant les relations de Manon avec d'autres hommes, il ne peut plus accepter la séparation entre l'amour qu'il éprouve pour elle et la liberté avec laquelle elle entend vivre. Robert, enfermé et menacé, tue le frère de Manon et se libère. Le jeune résistant du début est devenu un assassin recherché. Robert et Manon fuient et se retrouvent parmi les réfugiés qui cherchent à quitter l'Europe. L'exil les conduit finalement à la mort.
Le Corbeau montrait une communauté où chacun pouvait devenir dénonciateur et dénoncé. Manon montre une communauté où chacun peut devenir juge, victime ou coupable. Dans le premier film la parole détruisait les individus, alors que dans le second film la violence les détruit physiquement.
Clouzot reprend et adapte ainsi une histoire que la tradition française a élevée au rang de grande tragédie amoureuse et la replace dans une société qui vient de connaître l'une des plus grandes crises morales de son histoire.
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il y a 3 jours
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le 17 août 2012
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