Premier film noir d'Anthony Mann que je découvre, jusqu'à présent, je n'avais vu que ses superbes péplums.
Et force est de constater que le genre lui va très bien, tant le film est beau esthétiquement, avec l'utilisation des cadrages en clair-obscur habituels au film noir. La photographie est vraiment belle pour un film de 1948, on pourrait presque penser qu'il date des années 1950.
L'idée de suivre un prisonnier qui s'évade n'est pas très originale en soi. Ce qui l'est davantage, c'est le fait que l'histoire soit racontée par sa complice, amoureuse de lui et un peu laissée-pour-compte. Elle est à la fois négligée par le personnage principal, mais aussi par le film lui-même.
On va donc suivre un triangle amoureux avec une victime qu'ils ont kidnappée. Jusqu'ici, tout va bien, un personnage moral qui se retrouve contraint par deux personnages immoraux. Le problème du film, c'est que le personnage moral va se laisser séduire par l'amoralité. À partir de là, on ne comprend plus ce personnage, qui était justement intéressant parce qu'il incarnait la vertu face au vice.
Mais pour créer une romance factice, si chère au vieux cinéma hollywoodien, le film va tout simplement sacrifier cela. On a donc un type détestable qui lui fait des avances, qu'elle repousse logiquement, pour finalement lui céder par pur amour réciproque... Tout ceci ne tient évidemment pas la route.
Le personnage incarné par Claire Trevor est le seul qui sauve les meubles. Notamment grâce à cette magnifique scène de doute et de culpabilité, où elle va choisir de ne pas être l'élue et de donner l'homme qu'elle aime à une autre. Un destin qui lui sera fatal, mais qu'elle acceptera finalement sans regret, tant tout cela n'aurait été qu'une illusion.
Rien que pour cela, ce film mérite d'être découvert.