Maria
6.3
Maria

Film de Pablo Larraín (2024)

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Réputé pour ses précédents Biopic (Neruda et Jackie, en 2016 et Spencer en 2021), le réalisateur chilien Pablo Larrain s'attaque avec Maria à son premier Biopic d'une artiste, concluant son "triptyque de femmes qui ont bouleversé le XXe siècle" pour reprendre les termes du cinéaste, après Jackie Kennedy et Diana Spencer.

Jusque là, peu de films réussis avaient été réalisés sur Maria Callas (dont le très moyen Callas for Ever de Franco Zeffirelli en 2002), seul un intéressant documentaire Maria by Callas de Tom Volf en 2017 en faisait un hommage digne de ce nom.

Avec ce film multinational, Pablo Larrain fait changer complètement de dimension la mémoire visuelle de la Callas en réalisant un Biopic original et non linéaire, concentré non sans risque, sur la dernière semaine de sa vie en 1977, parsemé de flashbacks sur sa vie, alors qu'elle ne se produit plus depuis bien longtemps et que sa voix de Diva de l'Opéra a irrémédiablement décliné.

Recluse dans son appartement parisien (parfaitement reconstitué) depuis bien des années, et assommée de barbituriques, on voit Maria refusant de se laisser aller, dans une atmosphère plutôt lugubre, à peine réchauffée par sa gouvernante Bruna (une excellente Alba Rohrwacher, actrice italienne vue dans le très bon Hors-Saison en 2023) et son majordome Ferrucia (un Pierfrancesco Favino impeccable, cet acteur italien chevronné vu dans le Comte de Monte-Cristo) qu'elle aime faire tourner en bourrique, entre tendresse et fermeté.

Et pendant cette courte période, malgré les avertissements du bon docteur Fontainebleau (Vincent Macaigne, seul acteur français), on découvre une artiste intimiste qui tente de retrouver la Callas, avec des répétitions pour elle-même de ses meilleures œuvres, habilement resituées en fondu enchaîné dans leur contexte d'époque. Elle s'adonne aussi à une interview sur sa vie pour un documentaire avec un journaliste qui la suit au long du métrage (avec sa question je vous appelle Maria ou la Callas ?), une mise en scène qui donne l'opportunité au réalisateur de raconter plusieurs épisodes de sa vie où on la voit en représentation mais aussi à des moments clé avec des êtres chers qui l'obsèdent : la relation douce-amère avec sa mère et sa sœur, sa liaison célèbre avec Aristote Onassis (un Haluk Bilginer parfait en mode moi, moche et riche), de leur rencontre en 1959 jusqu'à son lit de mort en 1975.

Organisé en 5 actes comme une tragédie grecque (allusion aux origines de la Callas ?), le scénario du film prend de l'ampleur par le savant dosage entre la réalité poignante et bien réelle de cette fin de vie annoncée, et les flashbacks parfaitement bien imbriqués, qui alternent chants judicieusement choisis, et entrevues pleines d'émotion, de sensibilité voire carrément d'aplomb, montrant ainsi son caractère bien trempé.

On assiste ainsi à un savoureux échange avec J.F. Kennedy peu avant sa mort, et dont elle décline les avances... Et cet épisode on l'on voit Marylin Monroe, dont elle souligne qu'elle chante très mal : pas grave, on ne s'intéresse pas plus à sa voix que pour vous votre physique lui répond Onassis...

Même si ce choix n'était pas évident à priori, Angelina Jolie interprétant le rôle titre de Maria est une totale réussite, tant on la sent impliquée dans les chants et sa posture, avec une forme de mimétisme très convaincante (notamment ses lunettes épaisses qu'elle portait à la fin de sa vie et à travers lesquelles elle donne l'impression de revoir sa vie), à l'instar des récents Monsieur Aznavour ou Un parfait Inconnu. Nul doute que cette fois encore, la comédienne a répété pendant de nombreux mois, et que Pablo Larrain a utilisé à bon escient le mixage des deux voix, puisqu'il a pu disposer de nombreux enregistrements.

L'image a été particulièrement travaillée pour ce film, avec utilisation du noir et blanc à bon escient, et 3 formats visiblement utilisés (35 et 16 mm, super 8) selon le point de vue actuel, en interview ou pour montrer les images du passé, ainsi que l'utilisation judicieuse de la caméra à l'épaule pour intensifier les moments intimes.

En synthèse, un Biopic intelligemment orchestré, qui évite de raconter sa vie en séquence, et donne l'emphase sur certains événements majeurs de la Callas (on pourra apprécier s'ils sont bien sélectionnés) et ce travail de recherche sur elle-même qu'elle fait de manière si poignante au crépuscule de sa vie.

Film à voir pour un grand moment de culture artistique du 20ème siècle !

Azur-Uno
7
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le 3 févr. 2025

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Azur-Uno

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