Maria
6.3
Maria

Film de Pablo Larraín (2024)

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Maria dans les interstices de Callas

Après Jackie et Spencer, Pablo Larrain clôt sa trilogie biographique féminine en explorant l'énigme, Maria Callas.

Loin des carcans du biopic académique, Larraín s’affranchit des codes et de la ressemblance physique de son actrice pour composer son œuvre. Le récit s’attarde sur Callas au crépuscule de sa vie, enfermée et esseulée dans la grandeur d'un Paris mélancolique, où la prise de médicaments et l’érosion de sa voix brouillent la frontière entre réalité et fantasme.

La mise en scène capte l'économie des gestes et des regards pour magnifier son actrice dans un cadre où la photographie sublime chaque décors. Le choix esthétique de filmer Maria dans une mise en scène mouvante et intimiste, lors des interviews, contraste avec les séquences "légendaires" où Callas devient une figure mythique presque figée dans une imagerie iconique. Ce décalage souligne une scission centrale dans le récit : d'un côté, Maria, être vulnérable, faillible, en quête d'authenticité et de l'autre, Callas, une légende figée dans les mémoires et les attentes collectives.

À travers ses errances, ses confessions et les images qui construisent le mythe, Maria montre une femme entièrement dévorée par son art, incapable de séparer sa voix et son corps de l'identité publique qu'elle incarne. Maria n'existe que dans les interstices laissés par Callas, mais ces moments sont rares, presque impossibles à préserver.

Le corps de Callas devient un palimpseste où s’écrit l’histoire de son art et de son sacrifice. Sa transformation physique, de la diva glamour à une femme vieillissante, exprime la tragédie d’un génie dont la voix, source de son mythe, est aussi sa condamnation. Callas incarne alors une tragédie vivante, une femme dont la grandeur dépendait d’un corps condamné à la trahir.

Larraín ne cherche pas à capturer une vérité objective ; il en dévoile l’impossibilité même. Par une narration fragmentée, des fausses interviews et sa caméra instable, il interroge la subjectivité de toute représentation. Maria devient un prisme, une réflexion sur la construction du mythe et la quête d’authenticité, laissant au spectateur la liberté de recomposer la femme derrière la légende, dans les silences laissés par son chant.

cadreum
9
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le 17 déc. 2024

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