Les films de braquage, c'est un peu comme les tours de magie. Plus on en a vu, plus on repère vite le truc. Le regard s'aiguise, on surveille les manches et les personnages qui sourient un peu trop. Et forcément, avec Marmelade, les habitués du genre risquent de voir arriver certains retournements de situation à partir du moment où les pièces commencent à s'emboîter autour du schéma narratif.
Mais ce n'est pas forcément un problème car le film de Keir O'Donnell ne mise pas uniquement sur ses twists. Il s'appuie aussi sur l'énergie de ses personnages et sur une ambiance de petit polar romantique qui préfère les sentiments aux flingues et le charme à la démonstration de force.
Tout commence avec Baron, brave type un peu trop gentil pour son propre bien, incarné par Joe Keery, dans un rôle qui rappelle celui de son personnage du moyen Cold Storage. Coincé dans son bled paumé, occupé à prendre soin de sa mère malade, il semble destiné à une existence aussi tranquille qu'effacée jusqu'à sa rencontre avec Marmalade. Une rencontre qui le bouleverse immédiatement.
Et nous aussi, on comprend très vite pourquoi.
Camila Morrone débarque dans le récit comme une tornade. Belle, exubérante, imprévisible, elle illumine chaque scène à tel point qu'on finit presque par s'en méfier instinctivement. Trop belle. Trop libre. Trop spontanée pour être totalement sincère.
On observe alors Baron s'enfoncer doucement dans une situation qui le dépasse. Manipulation, amour, illusion, besoin d'échapper à une vie morne... tout se mélange jusqu'à le conduire vers ce braquage qui servira de moteur au récit.
Le procédé narratif, avec ce héros fraîchement incarcéré qui raconte son histoire à son compagnon de cellule, évoque The Gentlemen de Guy Ritchie, toutes proportions gardées bien sûr. Ici, on troque le charisme ravageur de Charlie Hunnam contre une approche plus douce, plus naïve, presque candide.
Et c'est à la fois la force et la faiblesse du film.
Parce qu'après un démarrage léger, Marmelade flotte parfois un peu. Le rythme manque occasionnellement de nerf et fait echo aux premiers agacements de Otis (Aldis Hodge), compagnon de cellule qui écoute l'histoire de Baron. Certains passages donnent l'impression d'attendre patiemment que le film en vienne au fait même si finalement, aussi improbable que soit ce qu'on pressentait voir arriver, il faut reconnaître que le résultat procure un certain plaisir.
Un petit goût sucré-acidulé, une impression de victoire discrète derrière les apparences.
Visuellement, le film est plutôt élégant. Quelques beaux cadres, de jolis plans, une mise en scène qui sait rester simple sans être paresseuse. La musique, quant à elle, accompagne l'ensemble avec justesse sans jamais chercher à voler la vedette.
Et surtout, le film conserve jusqu'à son dernier plan une cohérence avec la légèreté qui caractérisait son héros depuis le début. Une forme de gentillesse presque désarmante dans un univers où tout le monde ne mérite pourtant pas forcément sa confiance.
Marmelade est donc un film sur un braquage plutôt qu'un film de braquage - la casse en lui-même prenant très peu de place - à twist sympathique. Ceux qui découvrent ce type de récit pourraient bien se laisser surprendre. Les autres verront probablement venir les virages longtemps à l'avance, mais profiteront malgré tout du voyage.
Parce qu'au fond, parfois, même si on connaît déjà la destination, ça n'empêche pas d'apprécier la balade.