Agnieszka Piotrowska dresse le portrait intime et bienveillant de trois femmes qui ont toutes pour point commun d’avoir noué des relations avec… des objets (pêle-mêle, ça peut être un fer à repasser, un dés à coudre, une chaise, un canapé, une voiture, un pont, un building, …). On les appelle des “objectophiles”.
L’objectophilie est l’orientation sexuelle, sentimentale ou émotionnelle d’un être humain pour un ou des objet(s). La dernière fois que j’en ai entendu parler, c’était lors de la sortie au cinéma de Jumbo (2020) avec Noémie Merlant où cette dernière incarnait une jeune femme secrètement amoureuse d’un manège dans un parc d’attractions.
Le documentaire d’Agnieszka Piotrowska est un unitaire de 45min pour la télévision où elle met en lumière cette étrange orientation sexuelle (paraphilie). C’est ainsi que l’on y fait la connaissance d’Erika LaBrie, aussi appelé "Erika Eiffel". Cette ancienne championne du monde de tir à l’arc a eu plusieurs relations avec ses arcs. « J'ai eu une relation intense et passionnée » dira-t-elle au sujet de Lance, l’un de ses arcs fétiches. Erika voue aussi un amour inconditionnel pour un célèbre pont situé en Californie.
« Je me sens très très chanceuse d'avoir un morceau de mon cher Golden Gate Bridge. Et j'espère juste que, quand je ferai l'amour avec ce morceau de lui, il pourra ressentir à quel point je l'aime vraiment, vraiment. » dixit Erika, enlaçant un morceau de ferraille provenant du pont.
Si Erika avait une certaine notoriété lorsqu’elle était archère, elle est devenue mondialement connue lorsqu’elle a épousé en 2007 La Tour Eiffel. Oui, vous avez bien lu. Avant cela, elle aura noué une très longue relation avec le Mur de Berlin.
Mais elle n’est pas la seule à avoir eu le béguin pour la "deutsche qualität", puisqu’avant elle, c’est la suédoise Eija-Riitta qui en tomba follement amoureuse. On apprend par la même occasion que la Suède est le berceau de l’objectophilie et que c’est elle qui inventa ce terme après avoir épousé le Mur de Berlin dans les années 70, avant de jeter son dévolu par la suite sur divers objets dont une clôture en bois et même… une guillotine (il en faut pour tous les goûts).
Enfin, le film nous emmène à la rencontre d’Amy Wolf, dont le film Jumbo (2020) cité plus haut, a été grandement inspiré. Cette jeune femme est tombée follement amoureuse de “1001 Nacht”, un manège dans un parc d’attractions situé à Knoebels en Pennsylvanie (avec qui elle a noué des liens très forts, comme en atteste la scène
où elle s’allonge sous la structure et la caresse en lui disant « Je veux tes fluides » tout en racontant face caméras les orgasmes qu’elle a pu avoir avec lui).
Et comme ses consoeurs, Amy ne s’est pas contentée d’un seul objet, elle a aussi eu un coup de foudre pour une rampe d’escalier (scène hallucinante lorsqu’on la voit l'enlacer), ainsi que l’Empire State Building à New York (où elle se fait gentiment dégager par le vigile, après avoir langoureusement embrassé l’immeuble). Amy semble d’ailleurs avoir un faible pour les gros buildings puisqu’elle était éprise du World Trade Center, mais leur relation a pris fin suite aux attentats du 11/09/01.
Lorsque l’on raconte ces différentes histoires, on serait tenté d’en rire, voire de se moquer, mais ce film a été réalisé avec beaucoup de bienveillance et c’est pour cette raison qu’il est difficile d’en rire, bien que certaines situations puissent prêter à sourire
(lorsque l’on voir Erika à califourchon sur une clôture, elle aime leurs formes géométriques) ou Amy qui évoque sa relation avec Paul, l’orgue d’une église ou la rambarde de l’autel (sur laquelle elle s’agrippe).
Si ce documentaire ne nous laisse pas indifférent (c’est à la fois fascinant et troublant), on est sans cesse en train de se demander ce que l’on est réellement en train de voir (un épisode du Groland ou de Strip-Tease ?). Mais le retour à la réalité nous rattrape, les différents cas évoqués ici nous montrent des personnes fragiles psychologiquement, Erika est atteinte de TSPT (stress post-traumatique) et Amy a été diagnostiquée du trouble d’Asperger. En pareille circonstance, on ne peut qu’avoir de l’empathie pour elles et non du sarcasme.
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