Je suis assez snob. Quand je vois un engouement pour quelque chose, ça m'oblige à attendre trois ans minimum avant d'aller voir ce qui excitait tant les gens. Je me souviens des posts dithyrrambiques sur ce film d'animation de SF à sa sortie. Je me souviens aussi que la bande-annonce, moi, m'avait donné à peu près autant envie que de regarder une série policière française.
Bref, les trois ans sont écoulés. Je suis allé visionner Mars Express.
Je n'avais pas complètement tort. Le film, dans sa construction, suit une trame d'enquête ultraclassique, même dans un contexte cyberpunk.
Oui, il y a une jeune fille à retrouver. Oui, elle a été témoin d'un truc qu'elle n'aurait pas dû voir. Oui, ça va progressivement impliquer des grandes corporations capitalistes. Oui, la flic est une ancienne vétéran de l'armée avec un trauma. Oui, son coéquipier est un latino avec ses propres démons. Oui, le film les expose en train de traquer un suspect récalcitrant. Oui, il y a une scène d'enquête dans un strip-club qui débouche sur une aggression. Oui, il y a une scène d'infiltration d'un laboratoire. Oui, il y a une scène qui implique l'infiltration de la villa du grand méchant.
Vous voyez où je veux en venir ? Disons que j'en ai un peu marre de ces remakes de L'arme fatale.
Alors ok, oui, bien sur : il y a une idée de SF innovante toutes les trois secondes (et on ne va pas les lister, j'imagine que certaines critiques se bornent à le faire. Oui, le cameo vocal d'Usul et de Renaud Jesoniek (le capitaine du Nexus VI) m'ont fair sourire. Oui, j'ai vu les petites références cachées (la rue (Erich) Chahi, la machine (Muriel) Tramis) à nos gloires nationales de la SF.
Le plus réussi, c'est au fonds ce que faisait Bruce Sterling dans Schismatrice + : cette idée que l'humanité se développe en clades, que le progrès technique ne fait pas partir l'humain, mais rajoute juste des couches de complexité. C'est la force du film, et aussi ce qui en rend le visionnage difficile pour quelqu'un qui n'est pas déjà acquis au thème de la SF : ce qui est montré peut être visionné toujours à travers plusieurs filtres de lecture. Un peu comme Carlos, qui à travers son corps de sauvegardé (un esprit humain intégré dans un corps synthétique), peut voir la même scène en caméra thermique, ou avec des filtres de données divers...
L'épilogue m'a barbé. Et c'est hélas un gros problème de la SF : c'est un genre qui construit beaucoup, mais qui sait rarement conclure. C'est encore le cas ici. J'ajoute qu'il manque un peu de folie. C'est très calculé, très léché, mais c'est au fonds assez sage. Il n'y a pas de gros craquage comme en étaient capables les films d'animation des années 1990. Ou même Lastman, que j'aime moyennement mais qui avait des délires originaux.
Oui oui, c'est bien fait, OK. Mais lâchez-moi la grappe avec ce film. Ce n'est pas Citizen Kane non plus.