Avec le temps, j'ai appris à me méfier des" films de genre français qu'il faudrait absolument soutenir", quand bien même ces derniers n'ont bien souvent pas grand chose d'intéressant pour eux, hormis une apparente singularité dans un cinéma Fr beaucoup moins moribond que certains le prétendent. Alors quand le réalisateur tapine avec insistance ma sphère médiatique de niche, que ce soit en faisant la tournée des émissions pour millenials geeks cinéphilo-gauchistes, ou en filant un petit rôle à tous les influenceurs de ce milieu, autant vous dire que je suis doublement sur mes gardes.
Et à raison puisque, si Mars Express laisse entrevoir un univers riche et réfléchit, faisant écho au futur ardemment désiré par nos décideurs contemporains, jamais il ne me semble être mit en valeur par son scénario ou sa mise en scène.
L'histoire, convenue au possible, se contente d'accumuler tous les poncifs propres à la Science Fiction de ces 60 dernières années, autant au niveau thématique avec cette sempiternelle histoire de robots plus humains que les vrais humains, que dans ces protagonistes archétypaux et furieusement antipathiques. Certes, l'intrigue se voudrait probablement prétexte à l'exploration d'un univers beaucoup plus vaste, un peu à la manière de Blade Runner ou de sa formidable suite. Mais au contraire de ces deux mastodontes qui misaient sur une économie des mots et prenaient leur temps pour faire vivre leurs mondes par l'image, le son et la contemplation de situations anodines ; Mars Express opte au contraire pour une logorrhée verbale ininterrompue sur un rythme de montage quasi-frénétique.
Je veux bien que dans un film d'enquête, il soit normal que le duo de flics interroge différents personnages au cours de l'histoire, mais là, ça n'arrête pas de blablater pour un rien, y compris dans les scènes d'action. Presque chaque séquence donne lieu à d'interminables discussions, le plus souvent débitées par de très mauvais comédiens aux intonations extrêmement monotones, déblatérant une série d'expositions bardées de termes abscons. Alors qu'on ne s'y méprenne pas, je n'ai rien contre les films bavards, vous n'avez qu'à voir mon Top 2023 pour vous en rendre compte. J'adore les "bons" dialogues de cinéma, tant qu'ils sont bien écrits, qu'ils sonnent "naturels" à l'oreille et qu'ils ne sont pas utilisés pour expliquer des éléments que l'on pourrait très bien exposer autrement, ce qui n'est malheureusement pas le cas ici.
Non seulement les échanges entre les protagonistes sont très artificiels, mais de surcroît, ils nuisent à notre immersion dans cet univers que l'on aimerait pouvoir contempler davantage. Et c'est particulièrement frustrant parce qu'en effet, on sent bien à travers la Direction Artistique et les quelques éléments révélés sur le lore ou sur le mode de vie des habitants, tout le taff déployé par Jérémie Périn pour la conception de cet univers. Or, comme ce dernier ne prend jamais le temps de faire exister son monde par l'image, de lui insuffler une ambiance qui lui serait propre, ou de donner un peu plus d’humanité ou de personnalité à ses protagonistes, alors jamais ce monde ne s'anime véritablement sous nos yeux.
En cela, Mars Express est selon moi plus proche d'un point n'click sans énigmes, que d'un vrai long-métrage de cinéma et, vu sa structure narrative, je pense sincèrement que ce médium pourrait beaucoup mieux lui convenir.