Meilleur portrait de pervers narcissique au cinéma (disons ex-æquo avec "El" de Bunuel peut-être, d'autres films m'échappent aussi sans doute...), grâce à la magistrale interprétation de Karlheinz Böhm qui fait définitivement voler en éclat l'image proprette du prince Franz et réussit l'exploit d'être encore plus effrayant que dans l'excellent "Voyeur" de Michael Powell (pensée émue pour ce pauvre petit chat).
Il serait malhonnête d'oublier de dire qu'il est merveilleusement épaulé par Margit Carstensen, alias Martha, l'héroïne éponyme, la vraie, qui porte l'ensemble des scènes sur ses frêles épaules et dont l'interprétation à fleur de nerfs et le corps élancé et taillé à coups de serpes n'est pas sans rappeler les vedettes féminines des cinémas muet ou expressionniste.
La mise en scène glaciale de Fassbinder est bien évidemment formidable (à t-on besoin de le dire encore ?), on y retrouve son élégance, sa minutie, son sens de l'espace, du décor et du design.
Le scénario tient en haleine de bout et bout, la tension est palpable et graduelle. Quant à la scène finale, elle mérite sa place sur la liste des fins les plus cruelles du monde.