Les plus angoissants films d’horreur sont ceux qui ne montrent pas.

Les pires monstres sont ceux à visage humain. Et les films d’horreur les plus terrifiants se peignent aux couleurs ternes du quotidien. Sujet qui dépasse le cadre des reportages sensationnalistes, l’influence des sectes n’est que peu traitée au cinéma. Avant le très attendu The Master de Paul Thomas Anderson, Martha Marcy May Marlene aborde le thème avec toute la subtilité et le courage nécessaires. C’est avant tout une œuvre sur les conséquences, sur la lutte face à la torture psychologique, sur la reconquête d’une âme. Un combat complexe, qui plonge au cœur des méthodes de manipulation des esprits. A la démonstration édifiante, le premier film de Sean Durkin préfère les non-dits et le hors champ. Bien sûr, il y a quelques scènes chocs, mises en scène comme des réminiscences cauchemardesques. Mais l’essentiel se situe dans ce qui est laissé à l’imagination du spectateur. Les plus angoissants films d’horreur sont ceux qui ne montrent pas.


Exploitant les faiblesses et les peurs, distillant ses mensonges, le mal use et abuse des êtres. Jusqu’à la destruction du soi en prétendant l’affirmer, jusqu’à noyer la personne dans la masse endoctrinée, tout entière dévouée à la cause du gourou. Sous prétexte de révolte, de vérité, de vision du monde, il engendre les ténèbres, la folie et la mort. Aveugler en promettant la lumière, enfermer en parlant de liberté. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.


Martha a craqué, Martha s’est enfuie. Mais la blessure est profonde, le monde lui est étranger, elle est autre. Fuir auprès d’un bout de famille dépassée par les événements ne sera pas suffisant. Dans ce que Martha n’arrive pas à dire on décèle une souffrance abominable. Peut-on échapper à pareille monstruosité ? En boucle reviennent la honte, la paranoïa, la colère, tous les mécanismes de défense de l’esprit qui parviennent à peine à tenir la jeune femme hors des flots. Une fin ouverte glaçante laisse le goût du tragique à venir. Il est sans doute trop tard.


Sean Durkin a 29 ans et son film adopte en grande partie les codes visuels du cinéma indépendant américain, celui-là même qui nous a offert aussi bien Fargo que Winter’s Bone. Comme ce dernier, Martha Marcy May Marlene repose en grande partie sur la performance d’une jeune actrice. Exceptionnelle, Elizabeth Olsen incarne littéralement cette vie détruite. Sublime et déjà fanée, sa Martha fend peu à peu notre cœur. L’œuvre n’est jamais un simple tour de force, grâce à sa finesse d’approche et à la douceur acérée de son interprète principale, elle serre la gorge pour ne plus la lâcher. Un film dévastateur, insoutenable et bouleversant. Absolument incontournable.
Ed-Wood
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le 30 sept. 2012

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Ed-Wood

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