Qui est Martin ? Ou plus exactement qu'est-il ? C'est la question qui restera sans réponse que nous pose avec ce film George A. Romero. Venant poser ses pas sur le terrain d'une mythologie du monstre différent de ses zombies, il en invente une itération inédite.
Martin comme le spectateur n'a pas les réponses et il s'interroge en permanence sur sa véritable nature. Ses pulsions sont elles liées à un état vampirique faisant de lui une figure des ténèbres assoiffée de sang ? Est-il un jeune homme mentalement perturbé sur qui les projections délirantes d'une famille malsaine ont finit par déclencher une psychose ? Est-il une victime ou un agresseur ? Jamais le film ne tranchera, jouant sur une ambiguïté permanente, qui sera l'attache émotionnelle du film.
En effet de ce trouble, de cet inconfort qu'induit le fait de ne pas savoir, nait l'obligation d'une part de projeter sur Martin nos propres angoisses et peut-être dès lors à entamer une introspection sur notre propre moi, et d'autre part à interpréter de façon parfois exagérée tous les éléments constitutifs de Martin. Ses paroles, son regard, ses relations aux autres, l'expression de ses doutes et peurs, le surplomb de ses certitudes construisent un personnage insaisissable. Et cette incompréhension que notre cerveau ne peut tolérer devient alors le creuset où les interprétations mèneront à échafauder les constructions mentales destinées à combler les trous.
Martin peut alors se voir comme l'allégorie de la peur de l'autre, de l'étranger, celui dont on ne connait pas les coutumes et dont le mode de vie nous heurte et sur qui on projette les pires choses, allant même jusqu'à souhaiter son annihilation. Tout comme Martin a endossé pour son oncle extrémiste le rôle du bouc émissaire, coupable forcément coupable et donc fatalement condamné aux enfers et à la destruction. Si la conclusion vertigineuse constituait la réponse à la question originelle alors Martin ferait d'un mythe surnaturel un élément naturel, n'est ce pas là le plus troublant ?
Par honnêteté intellectuelle, je dois quand même préciser que pour passionnantes que soient les interprétations, le film manque de rythme et que le poids des ans joue plutôt en sa défaveur, rendant cette séance correcte mais pas mémorable.