Vicente, à plus de 70 ans, vit sa meilleure vie à Maspalomas, une ville enchanteresse de la Grande Canarie : homosexuel basque ayant fait un coming out discret et tardif, il a embrassé enfin le plaisir des sens et la liberté d’être réellement lui-même, au milieu de l’exaltante communauté gay de l’île. Mais un AVC le renvoie à « la maison », dans une EHPAD où il a le sentiment de devoir « retourner dans le placard ». Saura-t-il faire une seconde fois son « coming out », alors que l’âge et la maladie ruinent peu à peu sa sexualité ?

Le choc est violent dans Maspalomas entre les premières scènes canariennes – lumineuses, franches, très libérées et joyeuses aussi – et l’univers normatif de la résidence médicalisée au cœur d’un Pays Basque dépeint ici non seulement comme gris et triste, mais également comme le refuge d’idées rétrogrades, racistes et machistes. Le spectateur souffre presque physiquement devant cet exil imposé à Vicente, ce retour à une vie qu’il avait cru laisser derrière lui… mais le cinéphile ne peut alors que ressentir de la crainte devant l’orientation possible du film de Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga. Il est facile d’imaginer un propos militant, de prévoir les stéréotypes qui pourraient s’accumuler, en particulier avec ce personnage assez détestable de Xanti, un voisin de chambre macho, hâbleur, et envahissant, sorte de représentation de tout ce que Vicente déteste et a cru ne plus jamais avoir à affronter.

Mais Maspalomas vaut bien plus que la dénonciation facile de comportements passéistes, et va s’aventurer sur plusieurs territoires inattendus. D’abord, il va nous faire comprendre à travers la relation entre Vicente et sa fille combien cette « liberté » conquise par lui ne l’a pas été de manière franche, et combien ce « retour imposé au placard » n’est pas une affreuse et injuste punition, mais au contraire une seconde chance. Ensuite, et c’est là où le film dépasse très élégamment les thématiques LGBTQ+, il va oser traiter un sujet beaucoup plus secret, celui de la vie sexuelle quand l’âge et / ou la maladie arrivent : que devient donc le désir quand la société considère que vous êtes trop vieux, trop mal en point pour désirer ? Peut-on encore surfer sur des sites de rencontres, a-t-on « le droit » de s’offrir des rencontres tarifées avec des professionnel(le)s ? Ou comment dire à quelqu’un qu’on l’aime, qu’on a envie de réchauffer son vieux corps en le serrant dans ses bras ?

C’est en trompant ainsi nos attentes que Maspalomas devient littéralement bouleversant, dans une dernière partie qui s’élève à des hauteurs où on ne l’attendait pas. Le combat de Vicente, y compris contre lui-même, contre sa propre timidité, contre ses propres craintes, pourrait lui permettre de reconquérir sa vie, et, qui sait ?, de revenir – vieilli, mais toujours libre – dans son « royaume ».

En plaçant leur histoire au moment où survient le COVID (et donc le confinement), marquant « l’arrêt de la fête », Arregi et Goenaga nous rappellent en outre la fragilité de ces droits que nous jugeons acquis, la facilité avec laquelle la liberté peut être perdue. Un AVC, une pandémie, et tout peut prendre fin. Cette complexité d’un film qui mélange habilement des thèmes sociaux, politiques même, à des sentiments humains universels, fonctionne – il faut absolument le souligner – grâce à l’interprétation lumineuse et toute en subtilité de José Ramón Soroiz, qui a d’ailleurs reçu le Goya du Meilleur acteur pour ce rôle.

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/06/25/maspalomas/

Eric-Jubilado
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le 25 juin 2026

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