Ça commence par des flashs qui agressent l’œil. Un fait divers, la découverte de sculptures macabres faites à partir de restes humains arrachés à des tombes profanées. Ponctuant ces flashs horribles, des percussions, cymbales violemment frappées et des effets sonores malsains. Nous voici dans l’ambiance.
Et puis, nous voici maintenant dans le van avec ces jeunes insouciants qu’on devine chair à pâté pour la suite, comme il se doit dans ce genre de film.
D’emblée, nous devinons que nous ne serons pas franchement attristés par leur sort probable quel qu’il soit. Petits cons arrogants sans épaisseur préoccupés seulement d’amusement, jeunes écervelées sexy dont le corps semble constituer le seul attrait, et l’ « ami » handicapé au physique ingrat en fauteuil roulant dont tout le monde semble se foutre comme d’une guigne. Un boulet pour eux, vraisemblablement. Mais lui non plus n’éveillera pas notre compassion. Bien que plus futé que les autres, ce n'est qu'un gros poupon geignard.
La campagne perdue, abandonnée. Un auto stoppeur un peu limité ramassé sur la route que nos jeunes plein d’assurance commencent à moquer, avant que... "Dommage" pour eux, le cauchemar commence ici, avec cette scène qui résonne comme un avertissement; avertissement que nos écervelés ne comprennent évidemment pas.
Massacre à la tronçonneuse c’est un peu du Lovecraft seventies tendance serial killer avec arrière-fond social. Un peu un Cauchemar d’Insmouth mâtiné de Vendredi 13 et saupoudré subtilement de Ken Loach.
C’est l’Amérique qu’on ne montre pas. Celle des laids, des tarés, des laisser pour compte. L’Amérique qu’on croise uniquement si on s’aventure loin en dehors des grands axes, ou plutôt si on se perd carrément. L'Amérique alcoolique, consanguine et... sanguinaire. Car ici, pas de misérabilisme. Les « déplorables », comme dirait quelqu’un, le sont pour de vrai, bien au-delà de ça même, et vont en faire baver des ronds de chapeau à ceux qui auront le malheur de les croiser.
Ils font dans la viande ces gens-là, et traitent leurs « semblables » comme ils traitent le bétail.
Je n’en dis pas plus.
Massacre à la tronçonneuse ce sont des cris à n’en plus finir, des bruits de moteurs assourdissants dans un silence campagnard, des yeux exorbités qui cherchent une issue par où quitter ce cauchemar, des os animaux et humains mêlés qui trainent partout, des visages de dégénérés grimaçants et hilares, des courses poursuites à travers les broussailles qui déchirent la peau sous la pleine lune . Ce sont les tours de sorcellerie dérisoires d’une famille de ploucs tarés maléfiques. C’est le ballet rageur d’une tronçonneuse qui fend l’air faute de rencontrer la chair.
Tob Hopper a réussi là un grand film où rien n’est oublié dans le glauque, les images, les cadrages savants (sur gros plans, cadrages en contre plongée, caméra s’égarant, s’attardant sur tel ou tel détail horrible), la « musique » abstraite, primale, tout ici inspire la répulsion et l’effroi. Mais le réalisateur va si loin, que certaines scènes finissent par engendrer le rire, un rire nerveux devant cette farce macabre qui s’assume totalement dans le dérangeant, l’affreux.
J’adore ce film.