Avec un titre comme "Materialists" , on pouvait s’attendre à une comédie romantique acide, élégamment amorale, sur les liaisons dangereuses entre l'amour et l'argent à l’ère Tinder.
Hélas, le film préfère un état des lieux un peu convenu du dating urbain, là où l’on espérait une satire mordante et une lucidité cruelle.
La mise en scène épouse pourtant, non sans une certaine élégance, la dérive flottante de son héroïne incarnée par une Dakota Johnson toujours aussi insaisissable, traversant le récit avec une distance gracieuse qui est devenue sa signature. Hypnotique, mais aussi émotionnellement désincarnée. Face à elle, les deux prétendants censés incarner les forces opposées du romantisme et du pragmatisme financier peinent à exister. Ni suffisamment charismatiques, ni assez troubles, ils semblent plus servir de fonctions scénaristiques que de personnages véritablement tangibles.
De"Materialists" capte néanmoins avec justesse la tension sourde entre les exigences contemporaines du couple et la réalité du marché amoureux : standards inatteignables, marchandisation des affects, peur panique de l’engagement. Mais le constat, s’il n’est pas inintéressant, reste timoré. Le film énonce sans explorer, survole sans trancher.
Le film avance une idée pourtant séduisante et douloureuse à la fois: l’amour serait devenu un mauvais investissement. Mais cette prémisse, au lieu d’être radicalisée, se voit aussitôt adoucie, édulcorée, jusqu’à se contredire.
Car une fois les enjeux posés, "Materialists" tourne en rond, comme enfermé dans ses propres hésitations. Le récit glisse peu à peu vers une résolution tiède, un happy-ending forcé qui renie presque tout ce que le film semblait vouloir explorer.
Là où l’on espérait cruauté, panache, voire un peu de venin, on récolte un dernier acte qui concilie tout sans rien développer.
Le film est poli, esthétiquement plaisant, parfois finement observateur, mais trop sage pour être vraiment mordant.