Lucy (Dakota Johnson), une new-yorkaise pur jus, travaille avec succès comme matchmakeuse dans une agence qui recrute des clients haut de gamme. Vu sa réussite, on peut la qualifier de marieuse en vogue.
Le métier qu’elle exerce l’amène à dresser des fiches sur ses clients, avec leurs descriptions physiques, leurs caractères, leurs activités, leurs revenus et surtout leurs exigences. Dans ces conditions, son portrait s’impose. C’est une charmante brune aux cheveux longs, élancée, dynamique, sûre d’elle, toujours souriante et élégante. Mais, si elle dégage un vrai charme, elle manque singulièrement de rondeurs féminines. D’autre part, son salaire ne peut en aucun cas rivaliser avec ceux de ses clients. Enfin, elle a quand même 35 ans, ce qui se voit notamment sur son visage où on remarque quelques rides qui se dessinent autour de sa bouche. Soit dit au passage, cela ne la rend pas moins séduisante. A noter aussi qu’elle semble totalement accaparée par son travail, comme si elle était littéralement obsédée par le succès. D’ailleurs, lorsqu’elle discute de sa vie personnelle avec une collègue, elle n’hésite pas à dire qu’elle se sent vouée au célibat. Un seul type d’homme pourrait la faire craquer : riche, très riche, immensément riche ! Cela colle parfaitement avec sa vision du mariage : une transaction.
On finit quand même par apprendre que son état d’esprit lui vient de son passé sentimental. En effet, Lucy ne s’est jamais remise de l’échec de son histoire d’amour avec John (Chris Evans) l’éternel fauché sympathique qui vit toujours en colocation dans des conditions déplorables qui ne font que se dégrader. Qu’a fait Lucy depuis leur séparation ? Probablement se concentrer sur sa réussite professionnelle.
Les événements vont confronter Lucy avec ses convictions profondes. A titre professionnel, elle assiste au mariage d’une de ses clientes. On apprend au passage la raison profonde qui pousse cette femme à accepter le mariage. Cette révélation édifiante pousse le film vers la comédie aussi élégante que grinçante. Il s’avère qu’à ce mariage, Lucy tape dans l’œil du frère du marié, Harry (Pedro Pascal) un homme aussi riche que séduisant. A ce même mariage, Lucy retrouve par hasard son ex, John qui participe au service. Et, un peu plus tard, Lucy se trouve confrontée à un gros souci professionnel. Elle qui pensait tout contrôler va vite se trouver dans une situation l’amenant à aller bien au-delà de ce qu’elle envisageait. Non seulement elle va devoir reconsidérer sa façon d’appréhender son travail, mais elle va confronter ce qui en faisait les bases avec ce qu’elle vit elle-même.
On peut évidemment voir ce film sous l’aspect de son scénario qui enfonce pas mal de portes ouvertes et dont la progression ne surprend pas outre mesure. On peut quand même aussi y voir une réflexion subtile, à une période où avec la montée de l’Intelligence Artificielle, beaucoup s’imaginent qu’on peut tout résoudre avec quelques équations bien posées. N’oublions pas que Marelialists dégage un charme certain et qu’il n’ennuie jamais.
Pour le charme, il vient de ses interprètes pour lesquels on peut dire qu’ils assurent. Bien évidemment, les décors jouent aussi un rôle essentiel, puisque l’intrigue se situe dans des milieux huppés. Ajoutons que le film réserve quelques moments où l’émotion prend le pas. Je pense en particulier à cette séquence où Lucy réalise ce que Harry a choisi d'endurer pour devenir l’homme séduisant qui cherche à la conquérir. Harry peut-il lui faire oublier John ? Les circonstances l’amènent à peser le pour et le contre. Lucy sent bien qu’elle est à un âge où il est temps pour elle de faire le bon choix, ce qui ne manque pas de sel, puisqu’elle se trouve dans la situation qu’elle tente régulièrement de gérer pour ses clientes. Une situation qu’elle affronte avec pas mal de succès quand il s’agit des autres. Là, il s’agit d’elle-même, et elle sait parfaitement tout ce qui se trouve en jeu.
Quelques mots quand même à propos du prénom Lucy du personnage principal. C’est le prénom qui a été attribué à la femme dont les restes fossilisés (presque complets) ont été retrouvés et identifiés de type australopithèque, soit la plus ancienne trace de la lignée humaine. Ici le choix de ce prénom ne doit rien au hasard, puisque le film s’ouvre sur une séquence située dans la préhistoire, avec un homme qui vient retrouver celle avec qui il veut partager son existence. Il lui apporte des cadeaux, ce qui s’avère très symbolique puisque aucune cérémonie ne suit cette scène. Par contre, pour clore le film, une observation nous donne un indice fort sur la raison qui pousse cet homme vers cette femme à ce moment-là. Et c’est, dans toutes les civilisations, le fondement de nos sociétés, ce qui justifie le mariage. Celine Song (scénariste-réalisatrice) laisse entendre que malgré les siècles qui ont passé, avec la chute et l’émergence d’un certain nombre de civilisations, fondamentalement rien n’a changé pour les raisons qui font qu’un homme et une femme choisissent d’unir leurs destinées.