En 1987, alors que l'URSS amorce sa politique de Glasnost durant la Guerre Froide, un pilote de la Navy, Troy "Assassin" Kelly, est sélectionné pour participer à une mission officieuse d'espionnage dont l'objectif est de survoler et photographier un site secret russe. Repéré par l'ennemi, l'avion se crashe en pleine forêt. Là-bas, Troy est recueilli et soigné par un ancien membre du KGB, fan de culture américaine et, plus particulièrement, de "Top Gun"...
Les buddy movies sont décidément éternels, surtout lorsque le cocktail d'humour, d'action et d'intelligence ayant fait la saveur de leurs plus grands tandems improbables est servi avec le dosage adéquat par des artisans qui en comprennent pleinement la formule. Bonne nouvelle, Jonathan Goldstein et John Francis Daley ("Donjons & Dragons", "Game Night") font partie de ceux-là !
D'abord en ayant été cherché un attelage atypique de stars en les personnes de Ryan Reynolds et de Kenneth Branagh. On le sait, en répétant à peu près toujours le même personnage fantasque de comédie d'action/familiale ces dernières années (c'est encore plus vrai sur les productions de plateformes), Ryan Reynolds peut vite devenir épuisant et s'accaparer le devant de la scène s'il est trop laissé en roue-libre. En lui adjoignant, ici, les services d'un parfait Kenneth Branagh en contrepoids comique, un petit miracle se produit: sans de départir de sa silhouette humoristique habituelle, Reynolds la joue plus sobre et, peut-être conscient de la magie qui s'opère avec son complice, laisse place à l'alchimie et la complémentarité de leur duo que le film rend quasi-instantanée par son écriture et un contexte il faut le bien dire pour une fois plutôt originale.
Car, oui, dans ce choc de cultures où le manichéisme des propagandes et idées préconçues issues de la Guerre Froide sur le camp opposé laisse peu à peu la place à des zones en réalité bien grises pour chacun des protagonistes, "Mayday" construit avant tout une vraie belle histoire d'amitié entre le pilote américain et l'ex-agent du KGB jouant évidemment sur leurs différences mais aussi sur ce qui les unit en tant qu'êtres humains dans leur cavale perpétuelle face à l'immobilisme archaïque de certains rouages des régimes dont ils sont eux-mêmes le fruit.
Très fort en termes de comique de situation (on ne se remet toujours pas de Gorgo, l'enfant-démon !) ou dans son utilisation assez savoureuse des clichés de l'ère soviétique (sans en éluder les parts les plus sombres), Jonathan Goldstein et John Francis Daley confirment ici à nouveau une indéniable patte humoristique qui sort du lot tout en n'oubliant pas de régaler sur le versant action, avec notamment de bonnes séquences de bastons ou de poursuites savamment équilibrées entre absurde et spectaculaire ou encore un final franchement très réussi dans un cadre aussi gonflé que son rendu est impressionnant à l'écran.
Certes, arrivé à son dernier virage, "Mayday" s'engouffre dans certaines facilités en voulant imposer quelques tumultes trop attendus entre ses deux héros mais qu'il fait bon, en ces temps de contenus souvent standards issus des plateformes de streaming en la matière, d'y voir débarquer un buddy movie US aussi rafraîchissant, divertissant et un peu plus risqué que la moyenne. C'est assez rare pour être souligner.