Meatball Machine est l’un des V-videos (films de genre japonais ludiques, gores et barrés) les plus fameux. Remake d’une obscure pellicule de Yakamoto, il est signé Yudai Yamagushi, lequel s’est illustré depuis par d’autres bizarreries comme Dead Ball ou Yakuza Weapon. Meatball (2005) est son film le plus célèbre et le seul à être assez accessible en Occident.


En terme de valeur, il est proche du niveau de Machine Girl, qui toutefois bénéficiait de meilleures ressources techniques (moyens de nature Z ici). Mais il en est très différent, car il développe davantage son histoire, potache et inventive ; multiplie les créatures et apparitions étranges, plus encore que les tranches de gore ; globalement, se montre plus bizarre et paradoxalement réaliste qu’hystérique.


Au-delà de ses excentricités, Meatball se distingue du lot commun de son genre par sa tonalité relativement intimiste, nous plongeant dans l’antre de son héros paumé (un jeune ouvrier apathique en situation de misère sexuelle et sentimentale), traduisant les conflits dans lesquels il se trouve engagé. Pour faire court, Meatball raconte une romance contrariée et l’aliénation des laissés-pour-compte par des extraterrestres prenant possession de leurs corps grâce aux Necro-Borgs, afin de les pousser à s’entre-tuer puis s’auto-détruire. Si la pantalonnade est bien saillante (imaginez les créatures de Arac Attack en version alien désinhibé à l’intelligence trollesque et supérieure), il y a aussi un climat de désespoir dans Meatball Machine, celui des habitants des banlieues minables de Tokyo.


Yamagushi affirme ainsi un vrai talent de raconteur d’histoire ; il introduit des flashs très construits, sinon de petites nouvelles, au sein du métrage, au milieu des créations folkloriques et des références à Tetsuo (son pilier), à Evil Dead ou même à Dead or Alive. Son Meatball Machine est toujours plus curieux, avec ses effets artisanaux, ses visions sans comparaison, ses personnages pathétiques dont le portrait est brossé avec une sensibilité étonnante. Si on passe le dégoût ou la focalisation sur la dimension de nanar exalté et fauché du départ, on se retrouve presque hypnotisé par ce spectacle hors-norme, imprévisible et irrationnel, mais maintenant toujours une sorte de cohérence interne, d’évidence qu’il s’appliquerait à nous exposer sans autres préoccupations.


Les spectateurs, hormis les zeddards obsessionnels et les bisseux accomplis, doivent être prévenus d’où ils mettront les pieds. Il est tout à fait permis de se sentir paumé, voir de s’agacer, pour celui qui tomberait par hasard, tant le film, capable d’être aussi vulgaire que précieux, fait cohabiter sérieux et dernier degré, farce et emphase, mais aussi mélancolie et divertissement, avec un naturel déroutant. C’est difficile à appréhender, il y a des tunnels, mais même l’ennui y est intense et inhabituel.


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le 5 sept. 2016

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