Au départ surmotivé, un peu calmé par les critiques cannoises (mais pas tant que ça, vu la valeur de certaines) mais néanmoins présent à la première séance du premier jour, « Megalopolis » a finalement été proche de la douche froide. Francis Ford Coppola ne semble plus du tout adapté au cinéma d'aujourd'hui et l' « œuvre de sa vie » ne ressemble, en définitive, pas à grand-chose. On ne sait pas vraiment s'il a cherché à faire quelque chose de moderne, d'ancien... Quoiqu'il en soit, ça ne fonctionne pas. Je pourrais presque y passer des heures tant l'échec est palpable presque partout.
Pourtant, sur le papier, notamment niveau scénario, j'adhérais à 1000%, surtout avec un tel cinéaste et un casting globalement prometteur. Mais il en fait presque n'importe quoi, donnant plus l'impression d'un saccage que d'une œuvre d'art. Pourquoi partir dans tous les sens et ne traiter que si rarement son sujet ? Pourquoi faire venir Dustin Hoffman pour un rôle aussi insignifiant ? Pourquoi porter aussi peu de soin à l'écriture du scénario et des dialogues ? Idem pour les visuels : bon, visiblement il y a eu pas mal de complications, mais quand on voit le résultat, c'est presque tragique : la photographie semble partir en vrille, les présumées merveilles technologiques de la ville ne rendent pas du tout, certaines scènes censées être le clou de l'œuvre embarrassent plus qu'autre chose.
Pas grand-chose ne va, donc, si ce n'est un léger regain d'intérêt dans la seconde partie, éventuellement les relations entre le héros et le maire de la ville (Giancarlo Esposito est l'un des rares à sortir presque intact du fiasco), pas assez exploitées mais ayant, au moins, une certaine cohérence, quelques visions
(les statues vivantes)
et, de façon générale, la « beauté » du geste : il y a quelque chose de beau, presque tragique à voir un tel géant du cinéma tout miser sur une œuvre qu'il imaginait monumentale, marquante pour les futures générations.
Il sera peut-être intéressant de la revoir dans quelques années, observer si notre regard évolue sur celle-ci : j'avoue avoir beaucoup de mal à y croire
(et ce n'est pas ce dénouement confondant de naïveté qui me fera penser le contraire),
mais sait-on jamais : en attendant, « Megalopolis » peut prétendre à la Palme du plus grand décalage entre immense attente et résultat final : une expérience que, par l'absurde, j'ai presque envie de vous recommander.