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Megaloflop !


Après ce jeu de mot navrant digne des meilleurs moments de Jean Roucas, référence que les moins de vingt ans ont la chance de ne pas connaître, il me semble néanmoins intéressant de développer quelques pistes de réflexion au sujet du dernier et probablement ultime film, hélas, de Francis Ford Coppola.


Nous avions quitté cette figure majeure du cinéma sur une trilogie de films que j'aime appeler "la trilogie du retour aux sources". Pourquoi ? Coppola a eu régulièrement dans sa carrière des échecs commerciaux, certains injustes, mais qui ont refroidi les grands studios et les producteurs, entendez les financeurs, à l'idée de l'accompagner dans ses projets. De là il s'est posé la question de "comment revenir à ce qui est selon ses dires l'essence du cinéma : raconter des histoires, mais le faire avec des budgets limités. Cette réflexion l'a conduit à sortir dans un laps assez courts, trois films considérés comme mineurs au regard de sa filmographie, mais absolument maîtrisés en tout, dont l'accueil critique fut globalement bon mais que beaucoup, y compris parmi les admirateurs du cinéastes n'ont pas vus.

L'Homme sans age (2007) un absolu chef d'œuvre, où il nous plonge dans un onirisme surréaliste d'une inspiration débridée digne d'un retour d'acide fascinant.

Tetro (2009), un récit très sombre sur la filiation, dans lequel deux frères vont se retrouver et confronter leurs souvenirs d'un père envahissant bien qu'absent.

Twixt (2011), un film expérimental, absolument brillant où la figure d'Edgar Alan Poe vient nous parler de la mort et de ce qu'elle a comme effet sur les vivants, les survivants, dans une geste surnaturelle et gothique proche du cauchemar.

Si vous ne connaissez pas ces films, je vous les conseilles avec beaucoup d'enthousiasme. Ces films démontrant l'indiscutable talent de narrateur de Coppola.


Or ce dont souffre son dernier opus, et c'est là tout le paradoxe, se trouve justement dans la narration. Le film ne sait pas ce qu'il veut nous raconter. On imagine, papy Francis avec son dossier sous le bras, écumant et frappant à toutes les portes d'Hollywood avec son projet et les éventuels investisseurs, lui suggérant devant cet imbroglio indigeste de sujets, de thèses, de personnages allégoriques, d'alléger, de trancher, de choisir. Or, il semble que Coppola, qui porte cette envie depuis plus de quarante ans, a littéralement fait un caprice et refusé tout compromis.

Alors pour un libertaire assumé comme moi l'idée qu'un artiste puisse refuser les diktats me réjouit, mais en sortant de la salle - et j'allais voir le film avec la sincère envie de l'aimer et d'en sortir en brandissant l'étendard des critiques qui n'ont rien compris, que le film est une réussite totale, qu'il deviendra culte et gnagnagna - force est de reconnaître qu'il démontre surtout que les producteurs ne sont pas justes de méchants financiers capitalistes qui veulent brider l'imagination des créateurs, mais sont surtout des garde-fous pour aider ces fameux créateurs dans leur processus de création en fixant des lignes de force autour desquels le cinéaste pourra travailler pour obtenir un film cohérent mais surtout intelligible.


On ne comprend pas ce qu'a voulu nous expliquer Coppola. Veut-il parler de la déchéance, signe de fin de règne, d'une société en nous la montrant comme une répétition de la fin de l'empire romain avec ses élites corrompues, vautrées dans le stupre et la luxure et son peuple aux abois ? Nous parle t'il de l'effondrement programmé de la création artistique sujette aux interférences d'ordre pécuniaires ? Est il question d'une utopie, d'une uchronie, d'un fantasme néofuturiste sur l'urbanisation à l'heure où les questions environnementales sont primordiales ? Peut-on y voir l'expression d'une forme de complot du "tous complices" contre la vérité cachée ? Nous alerte t'il sur les dangers que font peser sur nous les riches par le biais d'une menace néo-fasciste qui se fonderait sur la manipulation des masses ? On ne sait pas. Tout est abordé, tout est survolé, mais rien n'est conclus. Je suis désolé mais je ne vais pas au cinéma pour rendre en sortant une copie de philosophie. Si le cinéaste vaut aborder des thèmes qui ouvrent à la réflexion, il faut d'un qu'il choisisse un ou deux sujets et en propose sa vision, son opinion, j'adhère ou pas c'est un autre problème, mais il ne peut pas me lancer sur une infinité de thèses et salut démerde toi ! De deux il faut que dialogues et scénarii, puis mise en scène et montages me fassent comprendre ce qu'il raconte. Et attention quand je dis cela, je ne dis pas que le film doit être condescendant et qu'il ne peut pas y injecter irrationnel, mystère, complications qui font des nœuds dans le cerveau et ouvrent à l'interprétation, mais là je ne suis pas devant un film qui m'obligerait à un exercice de pensée abstrait, je suis devant un film qui ne dit rien.


Les personnages et donc leurs interprètes n'ont rien à défendre, rien à jouer puisque leurs interactions ou leurs agissements finissent même pas être contradictoires au fur et à mesure qu'on essaie d'avancer dans ce maëlstrom de théories initiées, la relation entre Cesar Catalina et Franklyn Cicero est symptomatique de ça. Au niveau du scénario c'est pareil, les liens logiques sont inexistants, à se demander si ChatGPT ou une autre IA n'y a pas participé. Un exemple sidérant qui m'a fait bondir de mon siège, le personnage principal a le pouvoir d'arrêter le temps. Comment ? Pourquoi ? Dans quel intérêt ? On ne le saura jamais, ça n'aura strictement jamais aucune incidence notable sur les événements. Le temps et le concept du temps, y compris dans son assertion scientifique et quantique, sont manifestement importants dans le film, puisqu'il est évoqué plusieurs fois. Et donc ce pouvoir sur le temps, va à un Momentum très court être signifié par la figure de Chronos, le dieu grec du temps, sauf que c'est absurde en tout point ! Depuis le début du film, ce sont les images, les iconographies de l'empire romain qui servent de base au récit, les noms, les lieux, les costumes, les intrigues issus des figures de la Rome Antique, le film utilise même le latin à divers endroits. Pourquoi dès lors et de façon aussi courte évoquer un Dieu du panthéon grec ? Soit Coppola a peur qu'on soit un peu bête et qu'on n'ait pas compris que le "temps" était le sujet dont il parle à cet instant et je l'emmerde, je veux dire ça fait plus de deux heures qu'on attend que ton personnage principal fasse quelque chose avec ce putain de temps, soit c'est lui qui a une défaillance cognitive majeure, il a fait un AVC et personne n'a osé lui dire et il ne s'est pas rendu compte de l'énormité, de l'incohérence de cette intervention divine et auquel cas là encore, une personne critique sur le banc de montage aurait du lui dire de supprimer cette séquence idiote. Idiote d'autant plus qu'immédiatement après, il convoque Saturne, l'équivalent romain de Chronos, pour filmer des saturnales qui étaient les fêtes correspondant grosso modo à notre nouvel an moderne et qui marquaient la fin d'un cycle et le début d'un autre, donc le temps qui passe.


Néanmoins, le film est remarquable sur le plan esthétique, chaque plan, chaque séquence est une démonstration, parfois prétentieuse, mais le titre du film c'est "megalopolis" c'est pas l'exposé du timide de la classe, nos rétines sont gâtées, c'est un florilège de toutes les techniques d'effets spéciaux, une collection amoureuse de ce que le cinéma permet, il parait même que dans certaines grandes salles a lieu un "happening" dans la salle, c'est presque un retour enchanteur et enchanté aux sources foraines du cinéma. Cette accumulation qui je l'ai entendu peut paraître indigeste et imbuvable m'a pour le coup passionné. C'est maîtrisé, c'est surprenant, c'est beau, c'est même ce qui personnellement m'a fait rester jusqu'au bout. J'ai même cru à un moment que si je voulais enfin comprendre de quoi nous parle le film, je devais chercher du regard des indices dans l'arrière plan ou ailleurs dans le cadre, ce qui pour le coup aurait été un geste de cinéma génial, une séquence dans un cirque antique revisité notamment où une voix off empesée déclame du vide et où en même temps du texte défile dans le fond sur des panneaux lumineux, je me suis dit il faut les lire, ils racontent autre chose et alors là le lien logique se fera. Ben, non les panneaux sont l'exact répétition de ce que voix off et personnage nous répètent depuis cinq longues minutes.


Ce film rentre pour moi dans la catégorie des films malades, plus que ratés, malade de la mégalomanie de son démiurge créateur, qui tel l'enfant débordant d'un trop plein d'imagination ne peut souffrir que quelqu'un le bride dans son jeu où finissent par s'accumuler dragons, policiers, extra terrestre et lui qui gagne à tous les coups. Malade de l'incapacité d'un vieillard à tolérer les conseils pourtant pertinent qu'il n'a pas du manquer de recevoir. C'est le film d'un naufrage désolant, d'un chant du cygne enroué, c'est un film qui étrangement en devient presque plus touchant que détestable et c'est presque pire. C'est malgré tout un film, que je n'irai pas revoir en salle, mais que j'achèterai certainement lors de son édition physique, car je ne peux me résoudre à cet échec, peut-être après qu'il ait décanté, j'y trouverai alors des indices ou des évidences qui me le feront réévaluer. Peut-être.


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