La beauté visuelle de ce film est si marquante que je pense qu'elle me travaillera sur ces prochaines semaines et mois. Malgré la dureté du sujet traité, on ne peut que souligner la beauté des paysages et de la lumière. Les plans ont une esthétique unique et le choix de la musique vient parachever cette œuvre car Wagner a une puissance romantique. Tout est doux, luxueux, doré et bleuté voire bleuâtre mais pourtant si malaisant et froid. Le film a d'autres contradictions, si lent à certains moments mais si agité et nerveux dans la manière de montrer les choses.


Trier nous présente dans sa première partie un monde qui devrait être parfait (mariage luxueux, mari aimant) mais Justine (personnage principal) est incapable d'aimer, elle est inapte au bonheur car touchée par la dépression. Elle a cette capacité de tout faire capoter. A certains moments, on aurait pu penser qu'elle était heureuse mais à chaque fois ses actions, même involontaires, prouvent le contraire. C'est notamment le cas quand les mariés parlent de leur futur terrain, acheté la veille par le mari et qui lui donne la photo de ce terrain ; romantiquement, elle s'engage à garder cette photo toujours sur elle mais lorsqu'elle quitte la pièce, on voit que la photo est restée sur le canapé. Une question m'est venue durant le film et m'a taraudée : certains individus sont-ils réellement inaptes au bonheur et si oui, les causes sont-elles culturelles, génétiques ou bien sociales ? Étant déterministe, j'avais tendance à penser que nous sommes déterminés, et ce en priorité par notre culture, à différentes échelles (etnie, religion, pays, époque, famille aimante ou non et bien sûr le milieu social). La question reste encore ouverte pour moi mais ce film va dans le sens de mon intuition, à savoir que certaines personnes sont incapables de ressentir le plaisir et la joie, ce dans tous les aspects de la vie, que cela est ancré dans leur biologie. Je ne me fais pas encore tout à fait à cette idée d'ailleurs, elle reste encore à travailler. En tout cas, le jeu de Kirsten Dunst est bouleversant de vérité, on voit que son état est incurable, sa dépression est profonde. La scène dans laquelle sa sœur tente de lui faire prendre un bain est particulièrement humiliante et révélatrice. Nue, tenue comme une enfant, elle n'arrive tout simplement pas à mettre son pied dans l'eau. Simple mais efficace.


Aussi, les références à l'histoire de l'art sont nombreuses et en tant qu'amatrice j'ai adoré voir à plusieurs reprises Chasseurs dans la neige de Bruegel, une peinture qui se lie bien à l'esthétique du film et des paysages à mon sens. On note aussi Le Baiser de Klimt et bien évidemment Ophélie de Millais. Sur ce dernier point, bravo à la personne qui a réalisé l'affiche, une de mes préférées de l'histoire du cinéma et qui retranscrit à merveille l'atmosphère du film.


Enfin, le plan final est magnifique.

camilletonlove
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le 23 avr. 2026

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