Disclaimer : Cette critique bien que publiée en 2025, date de 2021, certains points peuvent donc avoir changé aussi bien dans mon avis sur Nolan, que dans le cinéma de ce dernier.
J'avais au sujet du film Insomnia (2002) qui m'avait paru relativement peu intéressant émis de grandes réserves quant à la capacité de Christopher NOLAN à mettre en scène le genre du thriller, je dois par honnêteté intellectuelle reconsidérer ma position sur ce point suite au visionnement de "Memento", tant tout l'aspect de la mise en scène m'a paru ici grandement maitrisé.
Là où il est selon moi nécessaire de voir ce film dès lors que l'on s'intéresse au cinéma de Nolan réside dans le fait qu'on y trouve en germes tout ce qui sera ses thèmes et ses affects de réalisation. Evidemment le premier point qui sautera aux yeux du spectateur et qui dialoguera 20 ans après avec Tenet (2019) est le montage inversé, on pourrait même dire pour la scène d'ouverture filmé à l'envers et alors s'ouvre selon moi l'un des aspects les plus fondamental de sa filmographie, est son désir non pas de s'inscrire comme un héritier du nouvel Hollywood ou comme un embryon d'un nouveau cinéma mais a contrario comme le produit d'une hégémonie universelle et par là même impersonnelle, en témoigne le héros nolanien qui en vient comme un paroxysme total à devenir "le protagoniste" dans le déjà cité "Tenet".
Ici Leonard Shelby n'existe tant pour lui-même, que pour les autres personnages et a fortiori pour le spectateur qu'à travers son enquête, or son handicap mémoriel souligné de façon très maline par le postulat du montage inversé contribue à non seulement nous troubler mais à nous exposer que selon lui la complication se doit d'être dans la narration plus que dans les personnages. Ainsi ce sont les personnages de Inception (2009) qui ne peuvent qu'agir dans leurs sommeils, les divagations pseudo-scientifiques qui parsèment Interstellar (2014) ou dans une moindre mesure l'Histoire qui englobe et écrase les histoires montrées en échos l'une de l'autre de Dunkerque (2017).
On pourra soupçonner comme une coquetterie l'alternance des scènes en noir et blanc et celles en couleurs mais là encore on peut plutôt y détecter cette envie, alors peut-être pas encore consciente dans la tête de Nolan de complexifier sa narration et de petit à petit s'émanciper de la caractérisation et d'en faire au final un cinéma de concepts.
Alors on peut tout à fait rester hermétique à cette approche, on peut s'interroger sur la pertinence d'un tel positionnement surtout qu'il nécessite pour être réussi d'être servi par des scénarios précis, chirurgicaux et qu'hélas cet aspect de la création cinématographique n'est pas toujours le plus abouti chez Nolan, mais on ne peut pas lui enlever l'envie d'essayer d'arpenter une voie à mes yeux inédite.
Nolan sera sans nul doute un réalisateur qui marquera le cinéma américain, même si à titre personnel je trouve sa filmographie trop inconstante et recelant trop de métrages moyens, pour le compter parmi mes préférés, mais ici il m'a eu et je conclurai par un paradoxe aux vues de l'idée que je développe tout au long en soulignant l'impressionnante prestation de Guy PEARCE qui réussit à incarner ce personnage trouble malgré le fait que ses troubles de mémoire immédiate lui interdisent a priori d'avoir un développement plus net.
Un film à voir, un thriller admirable sur le plan formel, où la photographie discrète mais signifiante achève de me rendre ce film agréable.